Flybaboo a inauguré lundi sa ligne régulière Genève-Nice où il se trouvera en concurrence directe avec EasyJet. La petite compagnie genevoise a été fondée en 2003 avec l'idée de combler le vide laissé après l'abandon par Swiss de la liaison Genève-Lugano. Mais le tessinois Darwin Airline a eu la même idée. Depuis, les deux jeunes pousses aériennes sont enferrées dans une situation que Julian Cook, directeur général de Flybaboo, qualifie de «dommageable».

Le Temps: La concurrence entre Flybaboo et EasyJet sur Nice va-t-elle être aussi acharnée que celle qui vous oppose à Darwin Airline sur Lugano?

Julian Cook: Sur Nice, notre offre se veut complémentaire à celle d'EasyJet. Cela porte tant sur l'horaire que sur la qualité du service. Chez Flybaboo, le client doit sentir qu'il est spécial.

– Vous n'êtes plus une compagnie à bas coût?

– Ce concept n'est plus privilégié. D'ailleurs, Flybaboo ne propose plus de billets à moins de 99 francs. Nous nous sommes aperçus que l'élément déterminant pour nos passagers, surtout les hommes d'affaires, n'était pas le prix, mais l'horaire.

– Arriverez-vous à remplir vos avions sur Nice?

– En 2001, lorsque Swissair et Air France exploitaient GenèveNice, 300 000 personnes ont emprunté cette ligne. En 2004, EasyJet était seul sur le créneau. Il n'a transporté que 240 000 passagers. L'arrivée de Flybaboo devrait élargir le marché. Si nous atteignons 35 000 passagers, nous serons rentables.

– Quelle est la situation sur Lugano?

– Flybaboo a 80% de parts de marché. Mais la présence d'un concurrent nous entraîne à faire des pertes, entre 200 000 et 250 000 francs par mois. L'une des deux compagnies doit se retirer.

– Est-ce pour cela que Flybaboo n'a pas encore atteint son point mort?

– Pour tenir bon sur Lugano, nous avons dû prendre un second avion plus tôt que prévu. Cela a coûté cher. Mais 2005 devrait être l'année de la stabilisation des comptes. L'ouverture de nouvelles dessertes permet de réduire la part de Lugano dans le chiffre d'affaires. Elle est descendue à 40% environ.

– L'hiver dernier, le patron de Ryanair avait prédit un «bain de sang» parmi les compagnies à bas coût. Cette sombre prédiction est-elle toujours d'actualité?

– Des compagnies à coût vraiment bas sont en train d'apparaître en Europe de l'Est: Sky Europe en Slovaquie et WizAir en Pologne, par exemple. La concurrence va encore monter d'un cran.

– Comment comptez-vous réagir?

– En premier lieu, Flybaboo va continuer à se concentrer sur sa niche: Genève. Ensuite, nous cherchons des créneaux insuffisamment exploités. Il s'agit souvent de vols de plus de deux heures, où la rotation des avions est trop lente pour intéresser les compagnies à bas coût.

– Quelles liaisons sont envisageables?

– Ce pourrait être Oslo, Malaga, Séville, le Portugal ou encore l'Afrique du Nord. Il faudrait acquérir un avion à réaction de 70 à 80 places.

– Vous venez de lever 4 millions de francs d'argent frais auprès de vos investisseurs. Est-ce pour financer ce nouvel appareil?

– Cet argent était nécessaire pour asseoir la situation de Flybaboo dans sa configuration actuelle de 2 avions et 8 destinations.

– Vous ne publiez pas le montant de votre perte en 2004. Pouvez-vous donner le chiffre d'affaires?

– Flybaboo a réalisé un chiffre d'affaires de 10,7 millions de francs. Il devrait atteindre 21 millions cette année.