Un record. Julius Baer n’avait jamais publié un résultat net ajusté aussi élevé. En hausse de 0,4%, il a atteint 403,6 millions de francs au premier semestre, selon les chiffres publiés lundi matin à Zurich. Un niveau qui a surpris la bourse – le titre grimpait de plus de 7% en début de matinée et gagnait encore 5% en milieu d'après-midi – autant que les analystes, qui ont passé la suite de la journée à revoir leurs calculs de bénéfices pour l’année en cours.

«Il s’agit du meilleur semestre jamais enregistré par la banque», a expliqué au Temps Boris Collardi, directeur général de Julius Baer, qui s’en est dit d’autant plus «fier» qu’il n’y a pas d’effet extraordinaire qui serait venu gonfler le bénéfice, qu’il est beaucoup dû à l’activité de nouveau intense des clients et à la gestion «disciplinée» des coûts. «J’espère que ce résultat est annonciateur des semestres à venir», a poursuivi le responsable, qui ne donne cependant pas de perspectives précises pour le reste de l’année.

Un tiers de fonds asiatiques en 2020

Les fonds sous gestion ont également augmenté à 354,7 milliards à fin juin, notamment grâce à un afflux de fonds de 10,2 milliards, au-delà des objectifs de la banque. L’Asie, le Moyen-Orient et Monaco sont les régions qui ont le plus contribué à cet apport de fonds. L’Amérique latine a également enregistré un «redressement substantiel». Désormais, l’Asie compte pour 20 à 25% des actifs sous gestion de la banque, a expliqué Boris Collardi, soulignant que cette proportion pourrait monter à un tiers d’ici à 2020.

Une partie de cette dynamique vient du recrutement de nouvelles forces. Au total, le nombre de postes (mesurés en équivalents plein-temps) a augmenté de 6% pour atteindre 6205, dont 1381 gérants de fortune. La moitié des recrutements ayant eu lieu ces six derniers mois concerne l’Asie, a précisé la banque.

De l’Allemagne vers le Luxembourg

Avec une croissance aussi soutenue, peut-on s’assurer que les nouveaux clients sont fiscalement irréprochables? Boris Collardi n’a aucun doute là-dessus: «Nous avons des processus très stricts lors de l’ouverture d’une nouvelle relation bancaire et nous faisons un travail ensuite pour voir comment elle se développe. C’est un travail constant.» De même, les recrutements sont scrupuleusement étudiés et «viennent souvent d’instituts financiers qui ont les mêmes standards que nous», a ajouté le banquier d’origine vaudoise.

Il s’est également exprimé sur le Brexit, qui crée des «incertitudes sur la Grande-Bretagne dont nous, en tant que gestionnaire de fortune connu, pouvons tirer parti pour augmenter nos parts de marché». Pas question cependant, à l’instar d’autres banques, de déplacer des équipes de Londres vers d’autres places financières européennes. «Nous restons à Londres. Par contre, nous sommes en train de déplacer des activités de l’Allemagne vers le Luxembourg», a-t-il précisé.

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Recrue d’une ex de Goldman Sachs et HSBC

En parallèle de ses résultats semestriels, Julius Baer a annoncé une nouvelle recrue: Beatriz Sanchez, en tant que responsable des activités en Amérique latine, à la place de Gustavo Raitzin, embauché à Harvard.

La nouvelle venue, de nationalité américaine et suisse, a été débauchée de Goldman Sachs, mais elle n’est pas inconnue de la place financière suisse. Dans le communiqué, Boris Collardi a estimé que Julius Baer «a pu attirer une professionnelle chevronnée de la banque avec une expérience impressionnante pour développer et gérer des activités de gestion de fortune en Amérique latine». Il a cependant omis de préciser que Beatriz Sanchez est aussi une ancienne de HSBC Private Bank (Suisse), qui fait partie des sept anciens cadres de la banque inculpés en Espagne pour blanchiment d’argent dans l’affaire Falciani.

Interrogé sur ce point, Boris Collardi s’est dit confiant quant au fait que l’affaire allait se régler rapidement. «Nous avons effectué tous les contrôles et recherches que nous faisons toujours lorsque nous engageons quelqu’un et nous sommes arrivés à la conclusion qu’il ne fallait pas s’inquiéter. Il s’agissait d’une activité qu’elle ne représentait pas directement.» En outre, il souligne que Beatriz Sanchez sera basée entre Zurich et Genève. Elle ne s’occupera pas de l’Espagne, mais de l’Amérique latine, «où au moins huit familles fortunées sur dix la citent comme étant la meilleure dans la gestion de fortune», a ajouté le directeur général. Avant de conclure: «C’est un engagement fantastique!»