L’événement est rare en Suisse. Mercredi, près des deux tiers des actionnaires de Julius Baer ont rejeté le rapport consultatif sur les rémunérations soumis à l’assemblée générale. La proportion de non a atteint 63,7%, contre 36,3% de voix en sa faveur. Les autres points à l’ordre du jour ont, eux, été acceptés par neuf voix sur dix. En Suisse, c’est le second cas de ce type après la firme Weatherford, dont les actionnaires avaient refusé le rapport sur les rémunérations en 2011. Même dans des cas controversés, les opposants à de tels rapports ne réunissent guère plus qu’un tiers des voix. En mai dernier, 40% des votants ont rejeté le vote consultatif chez UBS.

Comment expliquer le camouflet infligé aux administrateurs de Julius Baer? D’une part, plusieurs organisations telles qu’Ethos, ­Actares ou ZCapital s’y étaient opposées. Roby Tschopp, directeur d’Actares (Actionnariat pour une économie durable), s’est toutefois dit, hier, «surpris» du résultat. Selon lui, le problème de Julius Baer a été d’avoir «un système de rémunération un peu opaque».

Forte influence d’ISS

Un manque de transparence relevé aussi par la très influente ISS. Cette société de conseil américaine avait recommandé de rejeter le rapport sur les rémunérations, jugeant la part des bonus versés de manière différée comme insuffisante. Fondamentalement, les résultats de la banque, dont le bénéfice a progressé de 15%, à 298 millions, l’an dernier, n’ont, eux, pas pu expliquer une telle ­levée de boucliers. De même, si les rémunérations accordées à la direction ont augmenté à 15,2 millions en 2012, contre 13 millions en 2011, la hausse n’a pas été spectaculaire.

D’autre part, le versement d’une «prime à l’intégration» de 1,95 million de francs destinée aux hauts cadres de la banque a été très controversée dès la publication du rapport. Selon l’établissement, celle-ci se justifiait en ­raison des «efforts considérables» de la direction en lien avec l’acquisition et la préparation de l’intégration des activités de gestion de fortune non américaines de Merrill Lynch reprises par Julius Baer. Une prime critiquée par le gérant zougois ZCapital: «Les activités liées à un rachat font partie du répertoire standard d’un mana­ger et ne méritent pas d’être ­récompensées de manière particulière», a déclaré à l’AWP son directeur, Gregor Greber. Ce versement est revenu pour moitié (800 000 francs) au directeur, Boris Collardi, portant sa rémunération à 6,7 millions de francs.

Ce montant se rapproche des 7,8 millions perçus par Brady Dougan, le directeur de Credit Suisse, et des 8,9 millions de Sergio Ermotti, le directeur d’UBS. Il est toutefois supérieur à celui de Pierin Vincenz, le directeur de Raiffeisen (1,9 million), alors que la coopérative bancaire a généré un bénéfice de 635 millions.

Un effet de signal attendu

Cette année, le vote sur les rémunérations n’a eu qu’un caractère consultatif. Il deviendra contraignant avec l’entrée en vigueur effective de l’initiative Minder en mars 2014. Néanmoins, le conseil d’administration de Julius Baer a promis hier de «prendre des mesures appropriées» afin d’obtenir un résultat positif lors de la prochaine assemblée générale. «L’an prochain, il devra d’autant plus anticiper la réaction de ses actionnaires», observe Roby Tschopp.

Au-delà de Julius Baer, ce vote aura un «effet de signal» pour les prochaines assemblées générales, en particulier celle d’UBS, a estimé l’avocat zurichois Hans-Jacob Heitz.

La prime à l’intégration de 1,95 million liée à la reprise d’activités de Merrill Lynch a suscité la controverse