«La banque n'est pas à vendre. La famille a elle-même choisi la nouvelle structure du capital-actions. Elle reste liée à l'entreprise, émotionnellement et en tant qu'actionnaire actif.» Par ces mots, tenus hier devant la presse, Raymond Bär, président du conseil d'administration de la première banque de gestion cotée, réduit considérablement les attentes d'une reprise de la banque. Celles-ci s'étaient nourries, mi-janvier, de désaccords au sein de la famille Bär, du non-renouvellement de la convention qui liait les actionnaires et de la création de l'action unique.

Certes, Michael Bär, qui dirigera jusqu'au milieu de l'année la division private banking, s'en va. Mais Raymond Bär insiste pour écorner l'image de cible potentielle conférée à la banque. L'action réagit nettement à la baisse.

Après la conférence, Raymond Bär s'est déclaré satisfait de la réaction boursière. Le net repli du titre traduit une réduction de la prime de rachat forgée subitement en janvier. «Une valeur boursière élevée fait toutefois partie des objectifs», en tant que protection contre une reprise éventuelle.

«La présidence appartient toujours à la famille»

Julius Bär donne l'image d'une entreprise qui croit en ses propres moyens, prête à effectuer des acquisitions, par exemple en Suisse, et qui reste fidèle à sa stratégie. La nouvelle structure accroît sa flexibilité entrepreneuriale et profite à tous les actionnaires, y compris à la famille, selon le management. Si trois membres de celle-ci quittent le conseil d'administration, c'est, dans le cas de Rudolf Bär, pour raison d'âge, et pour Marc et Andreas Bär, «pour tenir compte de la nouvelle répartition des droits de vote résultant de l'introduction de l'action unique».

D'autres départs sont annoncés, ceux de Guy Waldvogel, atteint par la limite d'âge, et de Felix Ehrat, nommé à la présidence de la Banque du Gothard. Rolf Jetzer, avocat et associé de Niederer, Kraft & Frey, fait son entrée dans le conseil d'administration. Ce dernier se réduira donc, temporairement, à sept membres. «Il s'adapte aux nécessités d'un gouvernement d'entreprise moderne. Mais la présidence appartient toujours à la famille», rappelle Raymond Bär.

Visées sur le marché allemand

Les résultats de la banque, succinctement présentés en janvier, ne contiennent pas de grandes surprises. Le bénéfice bondit de 172% à 222 millions de francs, ce qui incite le conseil d'administration à proposer une augmentation de 33% du dividende et à lancer un programme de rachat d'actions pour 90 millions de francs. Toutefois, sur base ajustée, l'amélioration du bénéfice descend à 14%. La rentabilité des fonds propres atteint 14,5%, soit juste en dessous de l'objectif à long terme de 15% présenté par Walter Knabenhans, président de la direction.

Si les fonds gérés augmentent de 17% à 135 milliards, la banque le doit uniquement aux fonds de placement (+37%) et aux fonds institutionnels. Car le private banking, qui cherche toujours un successeur à Michael Bär, affiche un recul net de 800 millions de francs, à 61 milliards de francs. La direction se félicite toutefois de la qualité du bénéfice de cette division. En effet, la marge brute sur les actifs augmente de 3 points, à 57, alors qu'elle diminue de 3 points sur les commissions de transactions. Mais le bénéfice de l'asset management, 108 millions, dépasse clairement celui du private banking, 89 millions, et celui du trading, 62 millions de francs.

A l'avenir, Walter Knabenhans espère augmenter la marge brute du private banking à 80-90 points de base. Il annonce aussi la poursuite des initiatives visant à l'expansion du groupe en Europe. Malgré des débuts difficiles avec l'Italie en 2003, et un succès à Dubaï en 2004, déjà à l'équilibre, 2005 sera une année d'investissement en Allemagne. L'activité est appelée à se développer également en Amérique latine et en Europe de l'Est.