«Nous sommes assez grands pour compter, mais assez petits pour soigner notre service.» Ainsi s'est décrite la banque Julius Bär à l'occasion de sa première «journée des investisseurs» jeudi à Zurich. La banque privée zurichoise se positionne comme une banque ni grande ni petite, offrant le meilleur des deux mondes: «un acteur international de niche avec des racines suisses». Le plus grand gérant de fortune indépendant de Suisse «poursuit une stratégie d'expansion, affirme Francesco Catanzaro, analyste à la banque Sarasin, en cherchant des niches de croissance».

En attendant, le groupe traverse une année difficile. En raison de la chute des marchés boursiers, Julius Bär ne réalisera probablement en 2001 que la moitié du bénéfice net record de 433 millions de francs qu'elle a enregistré l'an dernier. Le bénéfice 2001 devrait donc s'établir légèrement en dessus de 200 millions. Le consensus de 16 analystes primaires s'établit actuellement à 230 millions. Au terme des premiers neufs mois, la banque annonce, sans le chiffrer, que le bénéfice net a déjà reculé de plus de 50% par rapport à la même période de l'an dernier.

Les revenus du troisième trimestre de Bär dans la banque d'affaires et la gestion d'actifs ont en effet été touchés de plein fouet par la chute des actions. Les commissions liées aux transactions s'orientent à la baisse: d'un record de 325 millions de francs au premier semestre 2000, elles ont glissé à 250 millions au deuxième, puis à 212 millions mi-2001.

La banque privée entrevoit des perspectives meilleures en 2002, avec une remontée du bénéfice net à 300 millions de francs. Franco Catanzaro considère ce chiffre assez prudent, l'estimant pour sa part à 354 millions.

Outre le profit warning, Julius Bär a fait état d'un recul de la masse sous gestion de 14% entre fin juin et fin septembre, de 141 milliards de francs à 121 milliards. Toutefois, elle prévoit une amélioration à ce niveau d'ici à la fin de l'année, indiquant une progression déjà sensible en octobre et novembre (voir graphique).

Afin d'adapter ses coûts, le groupe a lancé en août un programme d'économies, qui devrait dégager un peu plus de 100 millions de francs avant impôts en 2002, ou 10% des coûts totaux, après versement des bonus. Ces derniers devraient chuter de 38,4% cette année, passant de 276 millions en 2000, à 170 millions en 2001 (niveau du premier semestre annualisé). A la fin juin, les bonus ne représentaient plus que 27% des frais de personnel, contre 40% en 2000. Un tiers des économies seront générées sur les coûts du personnel et les frais généraux, qui seront contenus par un gel des embauches, et deux tiers grâce aux coûts exceptionnels qui ne pèseront que sur le résultat de cette année.

Julius Bär a par ailleurs communiqué ses objectifs financiers. A long terme, le groupe estime qu'un rendement annuel moyen de 6 à 8% sur les marchés financiers est réaliste. La banque vise également un afflux net de nouveaux fonds de 5 à 8% par an en moyenne. Elle était en dessous de cet objectif en juin, l'apport d'argent frais ayant représenté 4%. Quant à l'objectif de rendement des fonds propres (ROE), Julius Bär le situe à plus de 20%. Un ratio que Franco Catanzaro estime «réaliste dans le private banking, compte tenu des besoins mineurs en capital».

Julius Bär vise en priorité une croissance interne, mais fera preuve d'«opportunisme, si une bonne occasion se présente», selon Walter Knabenhans, CEO et président du conseil d'administration du groupe. Franco Catanzaro y voit la prémisse d'une vague de consolidation sur le marché suisse: «Plusieurs petits établissements cherchent un partenaire, et les rumeurs sont nombreuses…», affirme l'analyste de Sarasin. L'action Bär, qui a chuté de 30,7% cette année, a clôturé en hausse de 3% sur la séance de jeudi, à 587 francs.