«L'industrie des fonds doit proposer ses produits à de larges cercles d'investisseurs…» Dans son dernier rapport annuel, le président de la Swiss Fund Association (SFA), Stephan Bichsel, pose une question essentielle pour une industrie financière dont les produits ont été largement popularisés ces dernières années. Il y a cinq ans à peine, des sondages montraient que 11% des Suisses possédaient des parts de fonds de placement. Aujourd'hui, ils sont 27% et leurs promoteurs doivent «présenter de manière compréhensible les avantages de ces instruments de placement collectif des capitaux», selon Stephan Bichsel. Pour cela, le président de la SFA estime que la branche des fonds de placement doit opérer de manière professionnelle, s'assurer un accès libre au marché et réagir rapidement face à ses changements d'exigences.

Parmi tous les promoteurs, l'un de ceux qui a poussé cette logique jusqu'au bout est la filiale spécialisée du groupe Julius Bär dont les derniers résultats ont été présentés la semaine dernière à Zurich. Dans l'entretien qu'il a accordé au Temps à cette occasion (voir nos éditions du 7 mars), le président de la direction générale de Julius Bär Holding, Walter Knabenhans, admettait que la croissance de 11% des actifs investis dans les fonds de placement de son groupe avait été plus modeste que d'habitude. Il expliquait ceci notamment par une contre-performance de certains des produits. Dans le détail, sur les 142,3 milliards d'actifs gérés par le groupe zurichois, 31,2 milliards le sont par sa filiale spécialisée, Julius Bär Investment Funds Services (JBIFS). La progression de cette masse a certes été mesurée mais le flux d'argent frais investi dans les fonds de JBIFS est resté très soutenu.

De fait, avec 7,4 milliards qui sont arrivés dans ces instruments, les apports ont été presque aussi importants que dans le private banking (9 milliards d'argent frais), qui est pourtant le cœur de l'activité du groupe, et nettement plus élevés que dans la gestion institutionnelle (3,5 milliards). Par contre, c'est dans les fonds que les soubresauts des marchés ont été le plus ressentis: ils ont occasionné un reflux de valeur à concurrence de 4 milliards, soit la quasi-totalité des pertes occasionnée au groupe par le comportement de la Bourse (5 milliards). A l'examen, l'origine de l'afflux de ces fonds est intéressante. Elle illustre en effet le mieux les bénéfices du positionnement stratégique pris il y a quelques années lorsque, sous l'impulsion de son responsable Peter Spinnler, JBIFS a commencé à stimuler les partenariats pour la distribution de ses produits. Entre 1992, quand Julius Baer avait à peine 3 milliards de francs d'actifs dans ses fonds et aujourd'hui, la structure en termes d'actifs a complètement changé.

En 2000, non seulement la distribution des fonds via des partenaires représente 70% (22 milliards) du volume mais c'est cette activité qui croît le plus rapidement. L'an passé, la part des partenariats a ainsi progressé de 16% alors que les ventes de fonds de placement à la clientèle propre de Julius Bär n'a augmenté que de 1%. Cette part de l'activité de Julius Bär dans les fonds de placement est devenue essentielle sur les marchés italiens, où le groupe a ouvert une filiale dédiée à ce métier, et en Suisse. En Italie, la part des fonds distribués par des partenaires est passée de 2,7 milliards de francs en 1998 à 7,6 milliards l'an passé. En Suisse, elle a aussi doublé en trois ans pour atteindre 10,2 milliards. Le troisième marché important pour ce canal de distribution est l'Allemagne (2,3 milliards en 2000).

Le succès de la formule est tel que le groupe veut le répliquer en France, en Espagne et en Scandinavie. Il veut aussi le compléter en stimulant le «labelling» de fonds, c'est-à-dire la vente de formule de fonds prêt à l'emploi à des partenaires externes (cette activité représente déjà 8 milliards). Enfin, la voie tracée par JBIFS est désormais suivie par tous les promoteurs importants du pays, le dernier en date à l'avoir annoncé étant le groupe UBP à Genève. Il est vrai que non seulement les partenariats permettent de développer rapidement l'activité des fonds de placement et les volumes qui y sont investis mais qu'ils ne le font pas forcément au détriment de la marge: chez Julius Bär, la marge brute dans les fonds de placement est de 67 points de base et la marge nette de 28 points de base.