Le groupe Julius Bär révise à la baisse le profit attendu pour l'exercice 2004 (estimé à 230 millions de francs début août). Sans citer de nouveaux chiffres, Walter Knabenhans, directeur général, a déclaré jeudi à Genève que le consensus des analystes était «trop élevé», compte tenu de la morosité des marchés qui pèse sur le volume des transactions et les revenus du négoce. Merrill Lynch pronostique que le bénéfice de Julius Bär diminuera de 33% au second semestre par rapport au premier et pense que UBS et Credit Suisse Private banking devraient mieux résister (-3% et -30% respectivement) grâce à une palette de produits et une assiette géographique plus larges.

Cela étant, la banque familiale cotée en Bourse fait mieux que se défendre. Ses avoirs sous gestion, calculés selon les nouvelles normes de la Commission fédérale des banques, ont progressé de 129 à 132 milliards sur trois mois et de 14% depuis le début de l'année, essentiellement dans la gestion institutionnelle. Julius Bär reste en tête du classement Bloomberg comparant la performance des fonds stratégiques (+6,7% au 30 septembre). «La reconnaissance de la clientèle institutionnelle, connue pour son exigence, est prometteuse pour nos affaires avec les clients privés, traditionnellement plus prudents», commente Walter Knabenhans.

Car le «private banking» est au cœur de la stratégie de développement que Raymond J. Bär, président du conseil d'administration, a présentée jeudi à Genève: «Nous sommes très contents de nos résultats dans l'institutionnel, mais si nous restons passifs face à un environnement changeant, ce secteur pourrait représenter 70% de nos affaires dans quelques années. Le directoire ne le veut pas.» La banque est «prête à des acquisitions» dans la banque privée en Suisse, «selon des critères sélectifs», et se garde bien d'évoquer d'éventuels candidats, la «croissance organique» restant prioritaire.

Sur le continent américain, Julius Bär «renforcera sa position d'acteur de niche» aux Etats-Unis et se concentrera sur les marchés les plus attrayants que sont le Mexique et le Brésil. La filiale de Dubaï (dix personnes), «formidable plateforme pour approcher le marché indien», selon Raymond J. Bär, connaît un fort développement. Elle bénéficie d'une part de l'afflux de pétrodollars créé par la hausse du prix du baril et, de l'autre, déniche des opportunités prometteuses en Inde. La banque a ainsi lancé trois emprunts obligataires en Suisse pour des entreprises indiennes.

En Europe, le marché allemand – la clientèle la plus importante de Julius Bär – est devenu plus difficile en raison du durcissement réglementaire (qui risque d'ailleurs de faire tache d'huile). «Cependant, nous ne constatons pas de départs de clients ou de dégradation», relativise Raymond J. Bär, qui attend une licence bancaire pour sa filiale de Francfort vers la mi-2005.

Enfin, le groupe mise (comme Wegelin ou HSBC Guyerzeller) sur la clientèle «onshore» suisse et se félicite des bonnes performances réalisées par ses deux filiales lémaniques, qui emploient près de cent personnes (+8 en 2004) et gèrent 5% des actifs institutionnels de Julius Bär ainsi que 10% des avoirs sous gestion du private banking.