Poursuivant ses objectifs de croissance purement organique, le groupe Julius Bär Holding a annoncé mardi à Zurich des résultats en forte progression. Les actifs sous gestion ont augmenté de 11% à 142 milliards de francs, dont 75,5 milliards dans la gestion privée, 55 milliards dans la gestion institutionnelle et 31 milliards dans les fonds de placement. Pour des revenus globaux de 1,73 milliard, le résultat brut s'est établi à 656 millions (dont 75% proviennent de la gestion de fortune) et le bénéfice net à 433 millions (+64%). Ceci permet d'augmenter de 64% le dividende et de 66% le bénéfice par action.

Depuis le début de l'année et pour la première fois dans l'histoire du groupe zurichois de gestion de fortune, le président de sa direction générale n'est pas un membre de la famille. Ancien responsable de la gestion des risques du Credit Suisse Group, Walter Knabenhans a rejoint Julius Bär en 1998. Entretien.

Le Temps: Comment analysez-vous les résultats de l'année 2000?

Walter Knabenhans: Notre croissance s'est faite dans tous les segments d'activité. Elle explique notamment la hausse de nos coûts (de 21%, ndlr). Ainsi, la hausse des charges de personnel s'explique d'une part par un besoin de recrutement et, d'autre part, parce que nous avons bien travaillé, par une forte hausse des bonus. Mais les autres frais sont restés limités. Cela dit, je sais que certains analystes pensent que nos coûts sont trop élevés. Ces dix dernières années, nous avons baissé le ratio coûts/revenus aux alentours de 60% et voulons consolider ce niveau, voire l'améliorer. Mais nous sommes une entreprise de services et ne voulons pas offrir un service moyen à nos clients. Cela pèse sur notre base de coûts. L'idée que nous puissions ramener le ratio coûts/revenus à 40% est irréaliste, car elle est contraire à notre mission d'entreprise de services.

– Vos actifs sous gestion ont augmenté de 11%. C'est bien moins que le rythme de 15% que vous vous êtes fixé…

– Cet objectif doit être considéré comme une moyenne à atteindre sur plusieurs années selon les résultats que nous avons déjà obtenus. Dans cette perspective, une croissance de 11% de nos actifs sous gestion est un résultat exceptionnel. D'autant plus qu'il a été réalisé avec d'importants afflux d'argent frais (19 milliards, ndlr). Certes, la croissance de 11% des actifs dans les fonds de placement est un résultat mitigé. Mais certains fonds spécialisés ont connu des revers. Cependant, là aussi, l'afflux de fonds reste une composante importante de nos résultats. Cela ne nous surprend pas: les tendances fondamentales socio-économiques du marché expliquent ces mouvements. Cela dit, tous les segments d'activité grandissent, même si ce n'est pas à la même vitesse. Et chacun d'eux a atteint la taille critique.

– Le groupe Julius Bär est moins actif dans l'investment banking que d'autres banques de gestion de fortune…

– Dans ce domaine, nous privilégions des solutions de niche. En Suisse, nous pouvons mettre à disposition une expertise certaine sur les entreprises du Nouveau Marché. En aucun cas, nous n'irons plus loin. Cela nuirait à notre identité culturelle.

– Comment évaluez-vous votre présence en Suisse romande, où 11% de votre masse est localisée?

– Nous en sommes très contents. La Suisse romande, Genève en particulier, est une partie importante du groupe. Les gens sont exceptionnels et les relations avec nos clients très fortes. Notre administration centralisée nous permet de travailler efficacement avec des filiales plus petites. C'est d'ailleurs avec celle de Lausanne que nous avons mis au point les procédures que nous avons ensuite utilisées à Bâle et Berne. Notre organisation nous permet de garder une couleur locale.

– La dynamique bénéficiaire de votre groupe est-elle en train de se normaliser?

– Nous sortons d'une période de dix ans avec des taux de croissance d'au moins 20%. Notre objectif de 15% de croissance par an représente effectivement une normalisation de la dynamique bénéficiaire. Mais c'est une croissance qui apporte une valeur ajoutée à l'actionnaire. Celui-ci peut certes penser trouver ailleurs un titre qui offre un tel rapport entre le risque et la consistance. Mais je ne crois pas qu'il y en ait beaucoup d'autres.

– Cependant, vous restructurez votre capital. Parce qu'avec 1,6 milliard pour un bilan de 19,8 milliards, vous avez trop de fonds propres ou pour faire bonne figure face aux actionnaires?

– Nous générons un bénéfice qui ne peut pas être utilisé en tant que tel pour améliorer nos fonds propres. Ils ont atteint une taille assez respectable par rapport aux besoins de nos clients. Outre une redistribution sous la forme de dividendes, nous pensons que nous devons aller plus loin. Cette année, nous profitons de la marge de manœuvre que nous permet la loi pour traiter nos actionnaires de manière attractive. Par ailleurs, le splitting de nos actions dans une proportion de 1 à 10 réduira la valeur nominale des titres et nous permettra d'atteindre certains investisseurs qui ne pourraient ou ne voudraient sinon pas investir dans nos titres.