La banque Julius Bär affiche un bénéfice net de 182,7 millions de francs, en baisse de 19%, pour l'année écoulée. Pensant que les marchés financiers resteront très vraisemblablement déprimés, elle s'attend encore à une diminution de ses profits en 2003, malgré un nouveau programme de réduction des coûts impliquant la suppression de 274 emplois dans l'année.

Présentant hier à Zurich les résultats du groupe, aussi bien son PDG, Walter Knabenhans, que Raymond Bär, vice-président responsable du «private banking», ont constaté que le problème fondamental de leur banque, comme des autres banques spécialisées dans la gestion de fortunes, est la forte érosion des avoirs de la clientèle due à l'évolution des marchés.

Chez Bär, des facteurs particuliers s'y sont ajoutés. Un tiers des portefeuilles étant libellés en dollars, l'effet de change a privé la banque de 5 milliards de francs. L'amnistie fiscale italienne et le départ d'un gestionnaire lui ont encore enlevé 2,3 milliards de francs et la défection de trois clients institutionnels 3 milliards supplémentaires. Au total, les actifs sous gestion ont carrément baissé de 20 milliards, ou 16%, à 106 milliards de francs. Or, l'afflux net d'argent frais n'a décidément pas pu compenser cette chute, puisqu'il se solde à de modestes 300 millions de francs.

Moins d'argent à gérer, moins de transactions à effectuer pour le compte de la clientèle: ces facteurs ont entraîné une contraction des commissions de 20,9% à 829,8 millions, et une diminution des intérêts de 19,6%, à 151 millions de francs. En revanche, le résultat des opérations de négoce s'est amélioré de 15%, à 108 millions de francs. Globalement, le produit d'exploitation net a cédé 20,2%, atteignant 1,12 milliard de francs.

«Un état d'esprit angoissé»

Julius Bär est toutefois parvenu à limiter la baisse du bénéfice net, qui s'est élevé à 182, 7 millions de francs. Son programme de réduction des coûts lui a permis de baisser les charges d'exploitation de 14%, à 828 millions de francs. N'escomptant aucune reprise rapide des affaires, il entend les comprimer encore en 2003, à quelque 600 millions de francs.

Les effectifs ont donc diminué l'année dernière, de 2399 à 2274 personnes au 31 décembre. Mais le processus continue: à fin janvier 2003, ils étaient déjà tombés à 2200. Et le groupe entend maintenant les réduire à 2000, en prenant des décisions «assez rapidement, pour ne pas faire durer un état d'esprit angoissé», souligne Walter Knabenhans. Des emplois seront supprimés en Suisse comme à l'étranger, principalement dans les fonctions de «back office». La banque s'efforcera de jouer sur les fluctuations naturelles, mais «ne parviendra sans doute pas à éviter des licenciements».

Malgré cette limitation rigoureuse des coûts, Julius Bär entend poursuivre son expansion dans des marchés clés. La gestion institutionnelle aux Etats-Unis, dont Raymond Bär souligne l'essor favorable de 2002, sera renforcée, tout comme les activités à Dubaï et en Italie, où il est d'ailleurs prévu d'établir une société d'«asset management» pour la clientèle institutionnelle. La banque privée zurichoise reste persuadée de la justesse de sa politique de partenariat avec des établissements européens, par l'intermédiaire desquels elle entend offrir des services de gestion «on shore», et continue à négocier un tel partenariat en Allemagne.

Au total, la banque fait cependant preuve de beaucoup de pessimisme quant à l'évolution en cours d'année: sans rebondissements inattendus, et malgré les mesures d'économie adoptées, elle escompte une nouvelle baisse de son bénéfice, «d'un pourcentage à deux chiffres».