Commerce

Juncker-Trump: un sommet sous haute tension

Le président américain Donald Trump reçoit le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker ce mercredi à la Maison-Blanche. Le dos au mur, l’Union européenne veut surtout éviter l’escalade dans la guerre commerciale, notamment une surtaxe sur les voitures importées aux Etats-Unis

D’un côté, Donald Trump. Homme d’affaires qui a fait fortune dans l’immobilier, avant d’être élu en décembre 2016 président des Etats-Unis. Son livre de chevet, dont il est lui-même l’auteur, est The Art of the Deal, qui porte sur l’art de la négociation. Son principe fondamental: pousser son interlocuteur dans ses derniers retranchements, l’obligeant à faire des concessions.

De l’autre, Jean-Claude Juncker. Ancien premier ministre du Luxembourg, ancien président de l’Eurogroupe, le club des ministres des Finances de la zone euro, il est depuis 2014 le président de la Commission européenne, le bras exécutif de l’Union. Il est connu pour son franc-parler, son humour, quitte à commettre des gaffes.

«Jean-Claude, tu es un tueur brutal»

Les deux hommes se retrouvent ce mercredi à la Maison-Blanche pour une rencontre informelle, mais capitale pour les futures relations transatlantiques. Ils se connaissent déjà. Ils se sont rencontrés la dernière fois au Québec lors du dernier sommet du G7 (groupe des sept pays les plus industrialisés). «Jean-Claude, tu es un tueur brutal», avait plaisanté le président américain. «Je pense qu’il a dit cela comme un compliment, mais je n’en suis pas sûr», avait ensuite commenté le président de la Commission européenne.

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Fidèle à son style volontiers provocateur, le président américain n’a pas envoyé de message de bienvenue à son hôte, mais une salve de messages et de tweets ironiques et accusateurs. «Ce que l’UE nous fait est incroyable, a-t-il déclaré mardi à Kansas City. Si méchant. Les Européens ont réalisé un excédent commercial avec nous de 151 milliards de dollars. Ils ont l’air gentils, mais ils sont durs.»

Le président américain a envoyé un autre message mardi soir: «L’UE vient à Washington pour négocier un accord commercial. J’ai une idée. Que les deux abolissent les tarifs douaniers, les barrières commerciales et les subventions. Ce sera finalement le libre-échange équitable. J’espère qu’ils le feront. Nous sommes prêts. Mais ils ne le feront pas.» Paradoxalement, Donald Trump a annoncé mardi soir une aide publique de 12 milliards de dollars destinée à l’agriculture américaine, victime de la guerre commerciale qu’il a lui-même lancée.

Un milliard de dollars d’échanges transatlantiques par jour

Il y a une dizaine de jours, Donald Trump avait qualifié l’UE, comme la Russie et la Chine, d’«ennemi». Ce qui avait choqué les Européens, qui sont en réalité des partenaires et alliés historiques des Etats-Unis, non seulement en matière commerciale, mais également dans les grands dossiers géopolitiques. Peu après son arrivée à la Maison-Blanche, il avait suspendu l’accord de libre-échange transatlantique (TTIP) qui était en négociation et qui voulait justement harmoniser les règles et les standards commerciaux. Les Etats-Unis et l’UE s’échangent quotidiennement pour une valeur de 1 milliard de dollars.

Ainsi la rencontre de ce mercredi n’a pas lieu sous les meilleurs auspices. D’autant plus que le président américain n’a pas épargné les Européens de la surtaxe de 25% sur l’acier et de 10% sur l’aluminium en vigueur depuis le 1er juin. A son tour, l’UE a répliqué en taxant divers produits américains.

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Pour les Européens, la rencontre Juncker-Trump est celle de la dernière chance pour éviter que Washington n’aille de l’avant avec son projet d’imposer une taxe supplémentaire de 20% des automobiles importées. Une telle mesure serait un coup dur pour les constructeurs allemands, mais aussi italiens et français. Au total, les Européens en exportent pour 30 milliards de dollars par année aux Etats-Unis.

«Activer le frein d’urgence»

«Le président de la Commission et le président des Etats-Unis doivent activer le frein d’urgence dans ce conflit commercial, a réclamé lundi Dieter Kempf, le président de la puissante Fédération des industries allemandes. Pour cela, Washington doit calmer sa rhétorique. Les droits de douane mis en place au nom de la sécurité nationale devraient être supprimés.»

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Face à la menace de l’administration Trump, les Européens seraient prêts à baisser les droits de douane sur les voitures américaines importées en Europe. Mais une telle mesure s’appliquerait, selon les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), à tous les autres importateurs. Face à cet imbroglio, Jean-Claude Juncker aurait deux propositions. En premier, négocier un arrangement plurilatéral entre les Etats-Unis, l’UE, mais aussi le Canada, le Mexique, le Japon et la Corée du Sud, visant à terme l’abolition de tout droit de douane sur l’automobile. Ensuite, négocier un accord de libre-échange uniquement entre les Etats-Unis et l’UE, notamment pour harmoniser les tarifs douaniers sur les produits industriels.

Le président de la Commission européenne tentera aussi de convaincre son interlocuteur qu’il y a plus de choses qui les unissent que de choses qui les divisent. En effet, en matière commerciale, les Etats-Unis et l’UE font cause commune avec l’OMC, notamment contre la Chine concernant la protection de la propriété intellectuelle et les subventions de l’Etat chinois à presque toutes les grandes entreprises nationales.

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