Depuis le mois de janvier, le dollar s’affaiblit contre l’euro et le franc. Pourtant les marchés financiers n’attendaient pas moins de trois ou quatre hausses des taux de la part de la Fed au cours de l’année, ce qui aurait dû contribuer au renforcement de la monnaie américaine. Après les deux premières, dont l’impact est en réalité quasi négligeable et qui n’auront servi qu’à satisfaire les marchés, l’attentisme est de retour du côté de la banque centrale et le billet vert continue de se déprécier.

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Les déclarations contradictoires des membres de l’institution américaine ont clairement pesé depuis quelques mois sur le dollar, qui connaît donc des pressions baissières de plus en plus importantes. La défiance des investisseurs envers la Fed est bel et bien réelle. Il semble que normaliser la politique monétaire soit une tâche bien plus complexe qu’il n’y paraît.

Les fondamentaux devraient pourtant inciter à l’optimisme. Les chiffres de l’emploi sont très corrects et montrent une économie américaine plutôt résistante. Le chômage est stable à 4,9%, niveau de quasi-plein-emploi, et la croissance des salaires reste à 2,5% en rythme annualisé depuis cinq mois. Cependant, l’inflation tarde à décoller. L’indice PCE de la consommation des ménages sorti vendredi dernier reste faible à 1,4% en glissement annuel et bien inférieur à l’objectif d’inflation de 2% de la Fed. De plus la croissance de la première économie mondiale a largement été acquise ces dernières années grâce aux politiques monétaires ultra-accommodantes dont la réussite est bien plus que relative. Les marchés semblent désormais de plus en plus circonspects sur la durabilité de ces politiques monétaires, comme le montrent les sursauts de volatilité sur les marchés actions ces dernières semaines.

Effet Trump dissipé

Les marchés rattrapent également leur trop-plein d’optimisme. L’élection de Donald Trump avait été bien accueillie par les marchés, car elle signifiait la promesse de réformes fiscales. Depuis, l’effet Trump s’est largement dissipé, car ses réformes rencontrent beaucoup de résistance et tardent à être mises en œuvre, voire sont simplement annulées. La réforme de l’Obamacare a d’ailleurs été un échec cuisant. Le scepticisme l’emporte désormais sur le futur succès des politiques de Donald Trump.

Sur le front géopolitique, les tensions avec la Corée du Nord sont certes importantes mais n’engendrent pas de pressions baissières sur le dollar. En effet, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, les conflits ont plutôt tendance à renforcer le billet vert, du fait de l’extrême importance du complexe militaro-industriel dans l’économie américaine. La réalité est surtout que le dollar est faible parce que son économie s’affaiblit.

Risque de perturbations des marchés financiers

Et cette réalité rattrape l’économie américaine. La dette publique est massive et l’argent injecté a largement alimenté les bulles spéculatives dans les actions ou les obligations, pour ne citer que celles-ci. La Réserve fédérale ne peut pas augmenter les taux sans perturber les marchés financiers. Le risque de taux sur les obligations se matérialiserait et un krach sur les bons du Trésor est du domaine du probable. De même pour les actions qui ont vu leur valeur augmenter cinq fois plus vite que la croissance américaine sur les huit dernières années. Augmenter les taux revient à augmenter ce qu’on appelle le taux d’actualisation, et les actions pourraient largement souffrir. On comprend mieux dès lors la frilosité de la Fed.

Ainsi, les incertitudes actuelles font que les investisseurs vendent leurs dollars et se ruent de nouveau sur l’or, qui se reprend et en est déjà à des plus hauts depuis un an. Le métal jaune a de beaux jours devant lui, surtout mis en rapport avec la dette américaine, dont il semble que seule une hypothétique inflation pourra en venir à bout.

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D’ici à la fin de l’année, voir un eurodollar aux dessus des 1,30 n’est clairement pas une hypothèse fantaisiste, d’autant plus que les marchés se montrent encore plutôt compréhensifs avec Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne. Les problèmes de la zone euro, dette de la Grèce notamment, devraient revenir sur le devant de la scène, mais pas avant 2018.