A ux grands maux les grands remèdes. C'est apparemment ce que pense le juge Thomas Penfield Jackson, qui propose une procédure accélérée pour décider des sanctions à prendre contre Microsoft, après avoir reconnu le groupe coupable d'abus de monopole lundi. Ce souhait, annoncé mercredi soir à Washington après une réunion entre les représentants du gouvernement, des 19 Etats parties à la plainte et Microsoft n'est en soit guère surprenant au regard de l'onde de choc ressentie à Wall Street après l'annonce du jugement. Le juge n'a du reste pas caché son souci: «Je veux expédier cette affaire aussi vite que possible pour ne pas perturber l'économie.»

Car si les analystes s'accordent à penser que la sévère correction du Nasdaq était attendue, avec ou sans le verdict de culpabilité de Microsoft, ils admettent aussi que ce dernier a pesé lourd sur un marché déjà volatil, en aggravant le climat d'insécurité autour des valeurs technologiques. Or, Wall Street a horreur des incertitudes.

Le juge a ainsi invité le gouvernement et les Etats à présenter leurs propositions de redressement d'ici au 28 avril au plus tard. Microsoft aura quinze jours pour répondre, suite à quoi un nouveau délai d'une semaine sera octroyé au gouvernement pour rendre ses derniers commentaires. Une série d'auditions, de préférence publiques pour garantir la transparence de la procédure, seront ensuite organisées dès le 24 mai. Les deux parties auraient donné leur aval à cette solution et feront leur possible pour respecter les délais. Le juge aurait également souhaité obtenir les dernières propositions faites par les parties avant l'échec de leurs négociations, mais y aurait finalement renoncé pour laisser le terrain franc en cas de reprise des négociations.

Procédure d'appel accélérée

Autre élément évoqué par la presse, le juge aurait demandé au gouvernement et aux 19 procureurs des Etats de présenter un front commun. Un vœu qui semble donner du poids aux arguments de Microsoft, qui n'a cessé d'imputer l'échec des négociations aux divergences entre les avocats fédéraux et les procureurs. Selon diverses informations publiées par les médias américains, Microsoft se serait dit prêt, durant ces pourparlers, à dissocier Windows 98 de son navigateur Internet Explorer, d'uniformiser le prix de vente de Windows pour les constructeurs d'ordinateurs, indépendamment du nombre de logiciels installés additionnellement. Le géant de Seattle aurait aussi accepté d'ouvrir le code source de certains de ses logiciels en échange du retrait des plaintes antitrust. Ce brouillon d'accord aurait reçu l'agrément du gouvernement, mais aurait buté sur l'intransigeance des procureurs. Certains auraient notamment exigé que Microsoft développe une version Linux (un système d'exploitation concurrent de Windows au code source ouvert) de sa suite Office 2000.

Ce règlement express aura pour effet d'accélérer la procédure d'appel, qui ne peut être initiée avant l'énoncé des sanctions. Il faut qu'une des parties au moins l'accepte. Le juge Jackson a même proposé de porter directement le cas devant la Cour suprême, un raccourci autorisé par la loi antitrust si «l'intérêt public» est en jeu, sans passer par la cour d'appel du district de Columbia, ce qui permettrait de régler le dossier d'ici à la fin de l'année.

Mais cette seconde proposition, si elle est acceptée (l'accord d'une seule partie suffit), ne manquera pas d'être perçue comme un coup de pouce au gouvernement, puisque la cour de Columbia avait déjà débouté une fois le juge Jackson en 98 dans un premier jugement contre Microsoft.

A ce stade, le dossier Microsoft promet d'envenimer la campagne présidentielle. Le vice-président Al Gore, qui compte engranger sur les performances économiques de son administration, n'a pas intérêt à voir sa bonne fortune ternie par un procès dont son gouvernement est partie. D'autant que son rival républicain George Bush se montre plus souple dans l'application de la loi antitrust, estimant que les sanctions pour redresser un abus de monopole doivent se limiter à la fixation des prix.

Ce serait un comble pour Al Gore, perçu comme le plus cyber des candidats, de se voir rejeter par Silicon Valley.