La bataille continue entre les deux groupes pétroliers français. Et elle pourrait même durer plus longtemps que prévu avec l'entrée en scène des avocats des deux compagnies, bien décidés à utiliser toutes les ficelles du droit boursier.

La Cour d'appel de Paris a fait savoir vendredi qu'elle devrait retarder les calendriers des deux offres publiques d'échange (OPE). Saisis par le groupe Elf, présidé par Philippe Jaffré, les juges de la première chambre devaient, le jour même ou peu après, accorder le «sursis à exécution» demandé. Ce qui aura pour effet de suspendre l'OPE lancée le 5 juillet dernier par TotalFina et qui aurait dû être close le 8 septembre selon la réglementation boursière, estime-t-on dans les deux camps.

Toutefois, Elf a peu de chance d'obtenir de la justice un alignement des calendriers. Cette décision relève du Conseil des marchés financiers (CMF), qui est maître en la matière.

La Cour d'appel devrait renvoyer l'affaire au fond à la fin septembre ou au début octobre afin d'examiner en même temps ou à des dates rapprochées les recours recensés dans ce dossier. Dans ce cas, la bataille boursière ne pourrait prendre fin qu'à la fin du mois d'octobre ou au milieu du mois de novembre.

Recours

Elf a déposé le 22 juillet un recours visant à obtenir l'annulation de la recevabilité accordée par le CMF à l'offre de TotalFina. En outre, le responsable du service contentieux d'Elf Atochem, Olivier Brillaut, qui dit agir indépendamment de sa direction, a déposé le 30 juillet deux recours contre le visa de la Commission des opérations de Bourse (COB) et la décision du CMF de déclarer ouverte l'OPE de TotalFina. Le groupe présidé par Thierry Desmarest s'est lancé à son tour jeudi dans cette bataille de procédure. Il assure vouloir défendre «ses intérêts et ceux de ses actionnaires». Il a expliqué qu'il aurait préféré éviter cette action, mais qu'il ne voulait pas qu'Elf bénéficie du sursis pour obtenir que son offre soit close avant ou en même temps.

Le combat des pétroliers permet à la France de faire connaissance avec la stratégie du Pac Man, du nom du célèbre jeu vidéo en vogue au début des années 80. Le joueur pouvait soudainement se retourner contre ses agresseurs. Transposé dans le monde de la Bourse, le mécanisme consiste pour une société victime d'un raid d'attaquer son prédateur. Selon TotalFina, cette stratégie choisie par Elf soulève des «problèmes juridiques sérieux». Dans le camp de TotalFina, on souligne qu'il s'agit d'une première en France et que cette technique de défense semble délaissée aujourd'hui aux Etats-Unis après avoir eu un succès limité dans les années 1980. «Les actionnaires ont compris que le Pac Man était surtout favorable aux managements qui veulent conserver leur poste», a déclaré à l'agence Reuters un responsable.

Dans ce contexte, Elf Aquitaine a annoncé vendredi ses résultats semestriels. Son chiffre d'affaires a diminué. D'une année sur l'autre, il est passé de 17,2 à 15,9 milliards d'euros (de 27,5 à 25,4 milliards de francs). Par ailleurs, la société annonce qu'une nouvelle association de salariés actionnaires du groupe Elf Aquitaine a été constituée avec comme «mission prioritaire» de soutenir l'offre d'Elf sur son rival franco-belge TotalFina. Cette association, baptisée UPERA (Union des personnels actionnaires du groupe Elf Aquitaine), estime que le projet d'Elf «présente pour les actionnaires d'Elf et de TotalFina comme pour le personnel des deux groupes les meilleures perspectives de développement industriel, en particulier pour la chimie». Les deux OPE s'affrontent principalement sur ce point. Elf veut conserver le pôle chimie dans le cadre d'un éventuel rapprochement des deux firmes alors que TotalFina plaide pour qu'elle devienne une entité séparée.

LT