Un an après avoir hérité de l'affaire des fonds Salinas précédemment instruite par le Ministère public de la Confédération, le juge genevois Paul Perraudin a transmis à la justice mexicaine une commission rogatoire. Ce document de trente-trois pages est tombé dans les mains du magazine mexicain Proceso, qui vient d'en publier de larges extraits. La justice genevoise est chargée de déterminer l'origine des fonds bloqués depuis 1995 en Suisse, pour un montant d'environ 110 millions de dollars (environ 180 millions de francs suisses). La somme totale des fonds directement ou indirectement liés à cette affaire pourrait cependant être notablement plus importante.

Selon une précédente enquête menée par l'actuel procureur général, Valentin Roschacher, ces fonds proviendraient du blanchiment d'argent lié au trafic de drogue. Croupissant aujourd'hui dans une prison mexicaine, Raul Salinas, principal protagoniste de l'affaire et frère de l'ancien président du Mexique Carlos Salinas de Gortari, affirme de son côté que ces accusations se basent sur des déclarations douteuses de témoins.

Dans son document, le juge genevois réclame à la justice mexicaine des compléments d'enquête afin de pouvoir boucler la sienne. Raul Salinas apparaît de plus en plus comme l'un des maillons d'une plus vaste chaîne dans laquelle interviennent de nombreux politiciens et hommes d'affaires mexicains. Selon Proceso, la justice suisse est parvenue à révéler le rôle d'un nouveau personnage, un avocat mexicain étant intervenu dans des transferts de fonds. Le juge Paul Perraudin demande aussi à la justice mexicaine d'interroger plusieurs hommes d'affaires parmi lesquels Carlos Hank Rhon, membre d'une puissante famille mexicaine (lire ci-contre), et Emilio Gamboa Patron, responsable de la campagne présidentielle de Francisco Labastida, le candidat du PRI (Parti révolutionnaire institutionnel) battu par Vicente Fox en juillet 2000.

La justice genevoise souhaite aussi recevoir toute la documentation judiciaire liée aux cartels mexicains de la drogue – et en particulier celle du Cartel de Juarez, dirigé par Juan Garcia Abrego –, afin de déterminer si les fonds Salinas sont liés à ces organisations. Le juge Perraudin s'est refusé à commenter ce document, «en raison des nécessités de l'enquête».

Conversation téléphonique

Les procureurs mexicains ont aussi apporté au juge genevois l'enregistrement d'une conversation téléphonique qui s'est récemment déroulée entre Raul Salinas – toujours emprisonné dans les environs de Mexico – et sa sœur Adriana. Les deux membres du clan Salinas y commentent une interview télévisée de Carlos Salinas de Gortari, réalisée lors d'un voyage de l'ex-président au Mexique. A la fin de la conversation, Raul Salinas s'emporte contre son frère, estimant que celui-ci l'a publiquement lâché. «Je vais tout raconter, Adriana. Mon frère Carlos m'a trahi en m'attaquant en public. C'est de la lâcheté», crie Raul Salinas, pendant que sa sœur défend l'ancien président du Mexique.

Aujourd'hui, les protagonistes de cette affaire prient surtout pour que le nouveau président du Mexique, Vicente Fox, intervienne en leur faveur. Après avoir contrôlé le Mexique pendant 70 ans, le PRI a essuyé un retentissant échec en juillet dernier. Ses «dinosaures» tentent de s'accrocher aux miettes de pouvoir qu'ils contrôlent encore.

Pour les détails de ces affaires mexicaines, lire notre dossier paru en décembre 1999 (www.letemps.ch).