«Dès le début de mon action, j'ai reçu beaucoup de soutien de la Suisse romande. Tant de personnes privées que d'actionnaires institutionnels…» Au téléphone, l'avocat de Winterthour Hans-Jacob Heitz ne veut cependant pas confirmer si beaucoup d'actionnaires romands de SAirGroup se trouvent parmi les plus de 200 000 actions dont les titulaires lui ont déjà signifié qu'ils soutiendraient sa demande pour un examen approfondi des comptes du transporteur. Car selon ce responsable du Parti libéral zurichois, qui est parti en croisade au nom des actionnaires de SAirGroup, «il y a des soupçons que les comptes publiés notamment pour 1999 ne correspondent pas à la réalité». Pour prouver cela, il faut donc demander à la justice un examen spécial des comptes.

Afin que sa demande d'une expertise sur les comptes des cinq dernières années soit prise en compte, Hans-Jacob Heitz doit pouvoir réunir 10% du capital (29 000 droits de vote) ou l'équivalent de deux millions de francs en actions. «On en a beaucoup plus!» confie-t-il. Mais il souhaite réunir autour de sa demande le plus d'actionnaires possible pour «qu'elle soit crédible» et que les gros actionnaires bancaires de SAir Group ne puissent pas s'y opposer. Dans ce contexte, il compte aussi demander que lors de l'assemblée des actionnaires, la décision sur sa demande soit faite au vote nominatif. L'éventualité de voir la justice se mêler des déboires de SAirGroup se précise donc.

L'avocat de Winterthour n'a pas voulu dire si Genève faisait partie des actionnaires avec lesquels il est en contact. Il n'en reste pas moins que, vendredi soir, le Grand Conseil genevois, sous l'impulsion de l'Alliance de gauche et des Verts, a de son côté invité le gouvernement cantonal à engager une action en responsabilité contre le conseil d'administration de SAirGroup. Sur plus de 12,7 millions d'actions SAirGroup, le canton de Genève en détient 1,7%, soit à peine plus de 200 000.

Le canton de Genève en contact avec Zurich et Bâle

Le canton est certes un actionnaire très minoritaire. Le parlement genevois estime pourtant que les responsables de SAirGroup ont mal géré les destinées de la société. L'exécutif cantonal étudie la possibilité d'intenter une telle action et a pris contact avec les autorités zurichoises et bâloises, a indiqué dans sa réponse la conseillère d'Etat Micheline Calmy-Rey. Le canton refusera de toute façon de voter la décharge du conseil d'administration lors de l'assemblée générale agendée au 25 avril, a rappelé la responsable des finances cantonales.

Par ailleurs, à l'occasion de l'assemblée de ses délégués samedi, le Syndicat suisse des services publics (SSP) a exigé des garanties pour le personnel de SAirGroup. Ce n'est pas aux employés de faire les frais de la crise, ont souligné ses responsables. La crise a été provoquée par la direction du groupe, le conseil d'administration et les sociétés de conseil. Leur ardeur à pousser en avant la libéralisation et la dérégulation a conduit à la situation actuelle, critique le SSP.

Et de s'élever contre la vente des divisions du transporteur qui génèrent des profits, comme Gate Gourmet ou SR Technics. Amputée de ces entités, la compagnie aérienne déficitaire n'aurait alors aucune chance de survie.