La Suisse coopère avec la justice argentine. Des informations portant sur trois comptes bancaires ont été transmises au procureur argentin Sebastián Casanello, a informé mardi le journal argentin Perfil. Elles impliquent plusieurs proches de l’entrepreneur Lázaro Báez, accusé d’être à l’origine d’un vaste réseau de blanchiment d’argent, qui aurait permis de détourner 60 millions de francs puis de rapatrier illégalement en Argentine au moins deux tiers de cette somme via l’Uruguay, le Panama et la Suisse.

La «réponse partielle» des autorités helvétiques à la demande de coopération judiciaire permet de «valider l’hypothèse que la Suisse faisait partie de la route utilisée pour canaliser les fonds illégalement obtenus», souligne le pouvoir judiciaire argentin dans un document, daté de mardi, dont Le Temps a obtenu copie. Lázaro Báez, proche de l’ancien couple présidentiel formé de Néstor Kirchner (aujourd’hui décédé) et Cristina Fernández, a fait fortune en décrochant de nombreux contrats de travaux publics pendant leurs douze ans de mandat. Arrêté en grande cérémonie en avril 2016 au pied de son jet privé, il est en prison préventive depuis lors.

Dix comptes suspects

Les comptes bancaires transmis par la justice suisse sont hébergés par l’établissement luganais PKB et J. Safra Sarasin, à Genève. Ils sont détenus par les sociétés panaméennes SGI Argentina et Marketing and Logistic Management mais seraient contrôlés par des proches de Lázaro Báez et auraient permis de blanchir près de 20 millions de dollars entre 2012 et 2013, selon Perfil. Contacté par Le Temps, le Ministère public de la Confédération (MPC) se borne à un communiqué écrit, refusant d’entrer dans les détails: «S’agissant de la demande d’entraide de l’Argentine, nous sommes en mesure de vous indiquer qu’elle est effectivement désormais en cours d’exécution.»

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Le 17 août dernier, les autorités argentines avaient formulé une requête portant sur dix comptes bancaires, hébergés chez J. Safra Sarasin, Lombard Odier et Citibank, et détenus à travers des structures off shore basées au Panama. Derrière ces comptes, on retrouve les quatre fils de Lázaro Báez ainsi que Néstor Marcelo Ramos. Cet avocat italo-argentin est considéré par la justice argentine comme l’homme de paille de Lázaro Báez. Il réside toujours en Suisse, où il a fondé la société Helvetic Service Group. Un mandat d’arrêt international a été émis contre lui par la justice argentine, mais la Suisse se refuse pour l’heure à l’extrader.

Un long feuilleton

En 2014, l’affaire avait été classée une première fois. L’enquête de vingt mois n’avait pas permis de «déterminer si les fonds sont d’origine corruptive», selon le document émis alors par le MPC. Le clan Báez avait obtenu la levée du séquestre des avoirs et le déblocage de quelque 15 millions de francs. Les frais de procédure avaient été pris en charge par la Confédération.

Hasard du calendrier, le énième épisode de ce long feuilleton coïncide avec la visite officielle de la présidente de la Confédération Doris Leuthard en Argentine. Une première. Aux côtés de l’Argovienne, le président argentin Mauricio Macri remerciait mardi la Suisse pour sa coopération dans «tous les domaines» en lien avec la lutte contre la corruption et rappelait son «rôle central» dans le programme de régularisation fiscale qui aurait permis de rapatrier 90 milliards de dollars à la fin de 2016. L’histoire ne dira pas si les deux chefs d’Etat ont abordé, en privé, le dossier Báez.