C’est un courrier de 16 pages qui a déjà fait couler beaucoup d’encre, mais dont le contenu détaillé n’a encore jamais été rendu public. Le 27 novembre 2020, le procureur fédéral Joël Pahud a adressé une demande d’entraide judiciaire aux représentants de la justice libanaise. Le canal est inhabituel: c’est l’ambassadrice de Suisse à Beyrouth, Monika Schmutz Kirgöz, qui a remis cette lettre en arabe en mains propres à la ministre libanaise de la Justice, Marie-Claude Najm, laquelle l’a transmise au procureur général, en mains propres également. Le Temps a eu accès en exclusivité à la version en arabe et à une traduction française vérifiée par des avocats genevois.

Le Ministère public de la Confédération (MPC) détaille des mouvements de fonds qu'il attribue au gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, 70 ans, un des hommes les plus puissants du pays, ainsi que son frère cadet Raja. Tous deux sont au bénéfice de la présomption d'innocence. Pour le MPC, ils pourraient avoir «commis en Suisse des actes de blanchiment d’argent» au détriment de la Banque du Liban, et cela depuis 2002.