Depuis l’annonce de son arrestation jeudi à Londres, amis, voisins et collègues font part de leur incrédulité, surpris que ce garçon posé et affable puisse être suspecté d’avoir fait perdre des sommes colossales à UBS - jusqu’à deux milliards de dollars - en effectuant des opérations non autorisées.

Selon la BBC, il a lui-même averti la banque d’une situation devenue hors de contrôle, la banque n’ayant pas été en mesure de repérer par elle-même ces malversations.

«C’est un garçon très gentil, très poli. Il parlait à tout le monde», a raconté à la presse un de ses anciens propriétaires qui lui louait, il y a peu, un appartement à 1000 livres (plus de 1100 euros) la semaine à Shoreditch, un quartier à la mode de l’est de Londres. Il était toujours «très élégant et très courtois. C’était un gars tranquille».

Jusqu’à son interpellation en pleine nuit dans son bureau, qui a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans les milieux financiers, la vie de ce jeune trader d’origine ghanéenne, fils d’un ancien fonctionnaire des Nations unies à la retraite, avait tout d’une «success story»: voyageant beaucoup avec ses parents dans son enfance, bénéficiant d’une éducation internationale, il a ensuite fréquenté une école privée réputée au Royaume-Uni, puis l’université de Nottingham (centre de l’Angleterre).

Une fois son diplôme d’e-commerce et d’économie numérique en poche, il est entré en 2006 en tant que stagiaire à UBS, où il a rapidement gravi les échelons.

À 31 ans, «en pleine ascension professionnelle» aux dires mêmes de ses collègues, il travaillait au département ETF (»Exchange Traded Funds», montages financiers adossés à l’évolution d’un indice boursier) au sein de la division banque d’investissement d’UBS. Sur le même type de produits que Jérôme Kerviel, le trader de la Société générale qui avait fait subir en 2008 à la banque française des pertes colossales à cause de transactions illégales.

Comme beaucoup des trentenaires qui forment le gros des troupes de la City, il travaillait dur, mais gagnait gros (environ 300 000 livres par an, d’après les évaluations de la presse). Amateur de bons vins, de photographie et de vélo, parcourant le monde pendant ses vacances, il organisait régulièrement de grandes fêtes dans son appartement dernier cri, toujours selon les témoignages de ses collègues.

«Il faisait venir des DJs, c’était vraiment le grand jeu», a raconté l’un de ses voisins au Times. «Mais il avait l’air sympa. Une fois je me suis plaint à cause de la musique, et il m’a envoyé une bouteille de champagne pour s’excuser».

Sa famille, qui réside au Ghana, a désormais le «cœur brisé». «D’après les informations qui sortent, il est possible qu’il ait fait une erreur ou une faute de jugement», a reconnu son père John Adoboli, cité dans la presse britannique. «Frauder ne correspond pas à (l’éthique de) notre famille, que j’ai élevée dans la crainte de Dieu, avec du sens moral».

Sur le compte Facebook au nom de K.A., on pouvait encore lire jeudi cette phrase, une des dernières attribuées au jeune trader: «j’ai besoin d’un miracle». Ce compte est désormais inaccessible.