Vues de l'autoroute qui surplombe le grand port d'Osaka, les îles artificielles construites par la municipalité pour désengorger cette immense métropole donnent l'impression que l'économie régionale est toujours prospère. Une folie des grandeurs que la deuxième ville du Japon paie aujourd'hui au prix fort. Les dernières statistiques de l'économie nipponne ont encore démontré que le taux de chômage dans la région du Kansai (Osaka, Kyoto, Kobe) dépasse la moyenne nationale de 4,8% (4,7% en 2000). Les sans-abri, plus visibles qu'à Tokyo vu que le nombre réduit d'espaces verts les oblige à stationner sous les ponts et aux abords des gares, seraient près de dix mille à Osaka. Soit autant que dans la capitale, dont la population est deux fois plus importante.

Bastion traditionnel des échanges commerciaux de l'archipel, le Kansai fut au début des années 90 le théâtre de certains des développements urbains les plus spectaculaires du Japon. Plusieurs gratte-ciel se mirent à hérisser le ciel d'Osaka. D'énormes installations sportives et culturelles sortirent de terre. Les bulldozers commencèrent à amasser des millions de tonnes de remblais pour donner naissance aux îles artificielles de Maishima, Sakishima et demain, Yumeshima.

Mais depuis, l'éclatement de la bulle immobilière et les vagues de faillite ont chargé de lourds nuages le ciel économique de ce poumon industriel; 7% des entreprises enregistrées dans la région ont fermé leurs portes en 1999, alors que le nombre des créations d'entreprises plafonnait en revanche à 4,5%. Un chiffre là aussi supérieur à la moyenne nationale. Rappelons que, selon une étude récente publiée par la banque HSBC, 18 769 entreprises ont fermé leurs portes au Japon en 2000, soit 20% de plus que l'année précédente.

Tremblement de terre

Le Kansai a pourtant vu affluer les subventions de l'Etat. Le grand tremblement de terre Hanshin qui dévasta Kobe en janvier 1995 a transformé cette partie de la région en un immense chantier. Un budget colossal a également été englouti dans la construction au milieu de la baie d'un aéroport régional, censé remplacer celui d'Osaka réputé pour ses très mauvaises conditions d'atterrissage. Mais cet afflux de capitaux et de grands projets a aussi causé des problèmes. Les ouvriers de la construction ont débarqué en masse, et se retrouvent sans travail, une fois les chantiers achevés. La règle japonaise du consensus a aussi eu, dans le cas des aéroports, un impact désastreux. Après s'être plaints pendant des décennies des nuisances sonores et de la pollution occasionnées par les avions, les riverains de l'aéroport d'Osaka se sont mobilisés pour obtenir que celui-ci… reste ouvert, afin de continuer à percevoir des indemnités des pouvoirs publics. La préfecture a cédé, et les deux aéroports fonctionnent maintenant de concert, creusant le déficit et obligeant les usagers à jongler avec les correspondances.

Osaka affiche pourtant ses ambitions. La ville, dont le PNB équivaut à lui seul à celui de Taïwan, est candidate à l'organisation des Jeux olympiques d'été de 2008, qu'elle prévoit d'organiser sur ses fameuses îles artificielles. A la fin mars, un grand parc d'attractions construit par les studios de cinéma Universal doit être inauguré. Son maire, Takafumi Isomura, multiplie les colloques et les visites à l'étranger pour vanter les mérites de la ville et de la région dont le PNB équivaut pour sa part, avec trente millions d'habitants, à celui… du Canada. N'empêche. La mécanique est grippée: «La moitié des échanges commerciaux de notre région se fait avec les autres pays d'Asie. Nous sommes donc plus sensibles que Tokyo aux aléas des économies asiatiques», reconnaît Tetsu Yonehara, responsable du laboratoire de recherche du groupe industriel Toray, l'un des plus importants de la zone. La restructuration industrielle d'Osaka doit passer par un repositionnement».

Tetsu Yonehara est bien placé pour juger. Installé à Otsu, dans la préfecture de Shiga, le groupe chimique Toray a considérablement investi ces dernières années pour accroître ses capacités de recherche. «Le problème de la région d'Osaka est celui du Japon. Nous avons raté au départ le virage des technologies de l'information et nous avons de la peine à rester en lice dans les biotechnologies. Notre force demeure la recherche industrielle appliquée. Il nous faut à tout prix étoffer notre domaine d'action pour rester dans la course face à l'Europe et aux Etats-Unis.»

Métropole intellectuelle

Pour y parvenir, la région du Kansai a financé en partie un grand parc industriel proche de Kyoto, le Kyoto Research Park, installé dans le district de Shimogoyo. Cent vingt entreprises y ont ouvert une antenne. Les groupes Matsushita, Fujitsu et Sumitomo y ont installé des laboratoires de recherche. L'institut ATR, spécialisé dans la recherche en matière de télécommunications et de robotique, y a aussi ouvert ses portes dans de luxueux bâtiments. Reste que la force d'attraction du grand Tokyo est difficile à concurrencer. Pour y remédier, des patrons de PME technologiques se sont donc regroupés. Ils ont créé à Osaka un centre d'«innovation» qui aide à l'émergence des starts-up en leur fournissant assistance, secrétariat et soutien financier. Une fois par mois, les nouveaux projets sont examinés. La municipalité fournit locaux et personnel.

«Osaka n'est plus seulement la cité industrielle d'antan. Nous devons devenir une métropole sportive, intellectuelle, scientifique», assène le maire Takafumi Isomura. Dans les prochains mois, la ville de six millions d'habitants va ainsi accueillir les championnats du monde de tennis de table (avril) puis une conférence internationale sur les lacs près du lac Biwa, au nord du Kansai. Un autre sommet international doit se tenir à Kobe à partir de lundi. Mais son sujet, lui, est de moins bon augure. Il y sera question, quatre jours durant… des catastrophes naturelles et des moyens de les prévenir.