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Karl-Friedrich Scheufele: «Les grandes fortunes ne sont pas toujours perçues de manière positive»

Mêmes rejetées par le peuple, les initiatives sur les successions ou les forfaits fiscaux «génèrent un sentiment désagréable», confie le coprésident de Chopard

Le Temps: Selon Bilanz, votre famille détient une fortune de 1,5 à 2 milliards de francs. Est-ce un chiffre correct?

Karl-Friedrich Scheufele: Je ne sais pas d’où ils tirent cette estimation, leur manière de calculer me semble très aléatoire. Notre patrimoine se concentre presque exclusivement sur le groupe Chopard. Et puisque nous n’avons pas l’intention de vendre notre entreprise, nous n’avons jamais fait calculer sa valeur potentielle.

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Est-ce que cela vous pose un problème que votre richesse soit publiquement exposée?

On ne m’a pas demandé mon avis. Je suis plutôt discret, donc pas particulièrement heureux de cette initiative. Si on me le demandait, je refuserais. De plus, cela donne une fausse impression: ma famille réinvestit au fur et à mesure dans Chopard. Et c’est sans compter sur sa force de travail et sa passion.

Comment percevez-vous le climat général en Suisse, vis-à-vis des grandes fortunes?

J’ai l’impression qu’elles ne sont pas toujours perçues de manière positive. Pour ceux qui veulent faire prospérer leurs affaires, qui créent des emplois et de la valeur, les initiatives sur les successions ou sur les forfaits fiscaux génèrent un sentiment désagréable.

Mais ces initiatives ont été rejetées par le peuple.

Ce sont néanmoins des signaux inquiétants. Le monde politique doit reconnaître les bénéfices apportés par les entrepreneurs. Pour éviter que la Suisse vive les mêmes expériences d’exils fiscaux que la France, elle doit impérativement conserver un bon équilibre, un climat de confiance et de stabilité. Il faut laisser les entrepreneurs investir et s’exprimer. Pour cela, il faut conserver des incitations à innover et à créer des emplois. Les patrons aussi, doivent fournir des efforts. En termes de rémunérations ou de prises de risque, ils doivent savoir rester raisonnables. Cela n’a pas toujours été le cas ces dernières années.

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