Souriant et détendu, Kaspar Villiger s’est montré à l’aise mercredi dans son nouveau rôle de sauveur de la plus grande banque du pays. L’ancien conseiller fédéral se réjouit visiblement de son retour aux affaires, même s’il n’a eu de cesse de répéter à quel point il lui a été difficile de prendre cette décision. «La première fois que l’on m’a proposé de devenir président d’UBS, j’ai refusé», a expliqué devant les médias à Zurich l’ex-responsable du Département fédéral des finances jusqu’à 2003. Une réponse qu’il considérait alors comme définitive. Mais la banque l’a contacté une seconde fois dans le cadre de la préparation de la succession de Marcel Rohner, l’ancien directeur d’UBS, qui a remis ses fonctions jeudi dernier.

Dès novembre, différents candidats ont déjà été sondés par l’établissement, lorsque les premiers préparatifs en vue d’une éventuelle succession à la tête d’UBS ont été organisés, a expliqué hier Peter Kurer. Quelques personnalités ont été contactées en décembre, parmi lesquelles figurait déjà Kaspar Villiger. En début d’année, la recherche de candidats s’est accélérée lorsque le 8 janvier Marcel Rohner a fait part de son intention de se retirer, ajoute le président sortant d’UBS. Puis, les événements se sont précipités pour Kaspar Villiger. «Un premier entretien avec Oswald Grübel a eu lieu mercredi dernier (ndlr: un jour avant l’annonce de sa nomination au poste de directeur d’UBS). Samedi, j’ai donné mon accord.»

Qu’en est-il de Peter Kurer? «Jeudi, j’ai informé mon entourage. Ma lettre de démission a été envoyée vendredi matin au conseil d’administration d’UBS», indique le président du conseil d’administration d’UBS, qui remettra ses fonctions le 15 avril prochain, date de l’assemblée générale. Après seulement un an passé à la présidence d’UBS, Peter Kurer quittera son bureau à fin avril. Il continuera de recevoir son salaire pendant encore six mois, comme le prévoit son contrat. Il ne percevra toutefois aucune indemnité de départ, insiste-t-il.

Son successeur, Kaspar Villiger, se contentera, lui, d’un salaire nettement plus modeste. L’ancien chef du Département fédéral des finances ne percevra en effet que 850 000 francs par an, sans rémunération supplémentaire en actions, ni bonus. «Un salaire identique à mon prédécesseur m’a été proposé (ndlr: 2 millions de francs). Après mûres réflexions, j’ai refusé de toucher un tel montant. D’une part, car mon objectif n’est pas de faire une nouvelle avancée dans ma carrière. D’autre part, car mon salaire doit se mesurer à d’autres postes comparables dans le domaine public», explique l’ancien conseiller fédéral. Sa rémunération a ainsi été calquée sur celui d’un membre du directoire de la Banque nationale suisse (BNS). Un montant qui ne doit toutefois pas servir de référence pour ses successeurs.

Combien de temps restera-t-il à la présidence d’UBS, justement? «A l’âge de 68 ans, mon mandat est limité à la fois par des questions de santé et par les clauses statutaires de la banque. Je resterai au maximum cinq ans», affirme Kaspar Villiger. En cas de besoin, la limite d’âge fixée à 70 ans, pourrait être renégociée.

Quel rôle a joué le Conseil fédéral dans le choix du nouveau président d’UBS? «Nous n’avons été soumis à aucune pression politique», assure Peter Kurer. «Je ne serai pas un président politique», ajoute Kaspar Villiger. Malgré une telle insistance, il y a néanmoins de bonnes raisons de supposer que le Conseil fédéral a été averti de ce projet depuis mercredi dernier, note un observateur de la politique fédérale.

Quoi qu’il en soit, l’expérience acquise par Kaspar Villiger lors de deux phases très critiques pour la place financière suisse – à savoir l’affaire des fonds juifs en déshérence durant les années 90, puis la conclusion de l’accord avec l’Union européenne sur l’imposition des revenus de l’épargne – en fait un atout précieux pour UBS et le Conseil fédéral dans le conflit autour du secret bancaire.

Sur le plan opérationnel, les ambitions du futur président apparaissent plus limitées. «Oswald Grübel dirige la banque. Je préside le conseil d’administration», résume Kaspar Villiger. A la question de savoir s’il faut maintenir le modèle de banque intégrée d’UBS, l’ancien conseiller fédéral se défile: «Il revient d’abord à Oswald Grübel de s’exprimer sur cette question.» Enfonçant le clou, Peter Kurer ajoute, lui, que le nouveau directeur d’UBS s’est déjà exprimé très clairement sur ce point. L’ex-conseiller fédéral s’est montré très critique envers l’affaire de fraude fiscale d’UBS aux Etats-Unis. «Je m’engagerai sans compromis pour assurer le respect des lois en vigueur», promet-il.

Kaspar Villiger, qui siège actuellement aux conseils d’administration de Swiss Re, Nestlé et de la NZZ, renoncera à ses fonctions d’ici le 15 avril afin de se consacrer entièrement à UBS. Son bilan en tant qu’administrateur apparaît en demi-teinte. S’il reconnaît que des erreurs ont été commises chez Swiss Re, il estime néanmoins que cette expérience lui servira dans ses nouvelles fonctions.

Avant de quitter son poste, Peter Kurer formule, lui, avant tout un souhait pour UBS: «Ce dont la banque et ses collaborateurs ont aujourd’hui le plus besoin, c’est avant tout de calme.»