Investissements

Le Kazakhstan, une aubaine pour les entreprises suisses

La Confédération entretient des relations économiques privilégiées avec le géant d’Asie centrale. Selon un diplomate suisse, elle est considérée comme un partenaire fiable

En béton brut et acier nu, l’ossature de la tour d’Abu Dhabi Plaza s’impose déjà dans la silhouette de Noursoultan, le nouveau nom d’Astana, capitale du Kazakhstan. Lorsque la construction qui a débuté en 2010, s’achèvera dans deux ans, le gratte-ciel comprendra hôtels, appartements, bureaux, commerce et divertissement. Avec ses 382 mètres et ses 78 étages, il sera le plus haut bâtiment d’Asie centrale.

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Turganov Miram est très fier de nous montrer l’énorme chantier qui se trouve au centre-ville. L’ingénieur est l’un des responsables locaux de Sika, le géant suisse des matériaux de construction. «Nous y fournissons ciment, adhésifs, revêtement de sol et de toit, solution d’imperméabilisation, se félicite-t-il. Nous avons décroché le contrat malgré une rude concurrence, notamment russe, chinoise et turque. Nos prix sont plus élevés, mais nous offrons une garantie de qualité suisse.»

Boom dans la construction

Sika peut en effet se frotter les mains. «Noursoultan connaît un boom dans la construction depuis sa création en 1998», raconte Turganov Miram. En réalité, c’est le cas dans l’ensemble de ce pays riche en pétrole, gaz, uranium et autres minerais. Les matières premières représentent 75% des exportations kazakhes.

Le secteur de la construction bat aussi son plein à travers de nombreux chantiers de la nouvelle Route de la soie. Voisin de la Chine, le Kazakhstan est la porte de sortie pour les routes et rails qui relieront l’Empire du Milieu à l’Europe, l’Asie et l’Afrique. «Au cours des dix dernières années, nous avons investi 30 milliards de dollars et construit 3000 kilomètres de chemins de fer et 12 500 kilomètres d’autoroutes», a expliqué Noursoultan Nazarbaïev, le premier président du pays, à l’Astana Economic Forum auquel Le Temps était invité.

Sorti du joug soviétique

Sika n’est pas la seule entreprise suisse à miser sur le boom économique du Kazakhstan. Ce géant d’Asie centrale qui est sorti du joug soviétique en 1991 s’est ouvert aux investisseurs étrangers, a modernisé son économie et récolte les fruits à présent. Selon l’indice «Ease of doing business» de la Banque mondiale, le pays a progressé du 59e rang sur 183 pays en 2010 au 28e rang sur 190 pays l’an dernier.

La Suisse y est le troisième investisseur, derrière les Etats-Unis et les Pays-Bas. Pas moins de 40 grandes entreprises helvétiques y ont pignon sur rue. «Celles actives dans les matières premières, Glencore par exemple, occupent les premières places, explique un diplomate suisse. Mais désormais, les investissements se dirigent aussi vers d’autres secteurs.» Sika par exemple a installé deux unités de production dans le pays. Pour les six premiers mois de 2018, 65% des investissements sont allés dans le secteur manufacturier.

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Les échanges commerciaux bilatéraux prospèrent. Les exportations suisses – chimie, pharma, horlogerie, produits agricoles et forestiers, machines-outils et instruments médicaux – rapportent entre 100 et 280 millions de francs par an. Dans l’autre sens, la Suisse importe surtout le pétrole kazakh pour près de 8 milliards de dollars, sachant que la plus grande partie est négociée à Genève et est destinée au marché international.

Bonnes relations bilatérales

«Le Kazakhstan est prioritaire pour la coopération bilatérale et nous y menons une politique active, poursuit le diplomate suisse. Les ambitions de ce pays qui dispose de moyens importants nous offrent de belles opportunités.»

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«Les bonnes relations bilatérales s’expliquent aussi par le fait que le Kazakhstan fait partie du groupe suisse au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale, fait remarquer le diplomate. Ils sont satisfaits de travailler avec nous parce que nous sommes des partenaires fiables.» Le Kazakhstan et d’autres pays d’Asie centrale permettent en effet à la Suisse d’avoir un siège au comité directeur de ces institutions financières internationales. L’affaire est en effet entendue. En 2017, la Confédération a tenu à marquer sa présence à l’Exposition internationale d’Astana et trois conseillers fédéraux ont fait le déplacement.

Les délégations commerciales se succèdent aussi. La dernière s’y est rendue en octobre 2018; plusieurs conseillers nationaux ont visité le pays pour s’enquérir des possibilités d’investissements pour les entreprises suisses. Trois mois plus tôt, c’était Johann Schneider-Ammann, alors chef du Département de l’économie, qui avait conduit des investisseurs suisses intéressés par les projets liés à la nouvelle Route de la soie. La prochaine: une délégation suisse d’agents immobiliers se rendra dans la capitale kazakhe en septembre.

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