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Associés chez de Pfyffer et Python, Luc Argand (à gauche) et Nicolas Hoffmann rejoignent Kellerhals Carrard qui devient la deuxième étude d’avocats de Suisse.
© Nicolas Schopfer pour Le Temps ©

Avocats

Kellerhals Carrard recrute 35 avocats genevois

Le mercato des avocats d’affaires bat son plein. Les cabinets de Pfyffer et une partie de l’étude Python rejoignent une étude déjà issue de plusieurs fusions. Avec ses 195 praticiens, elle devient la deuxième plus grande de Suisse

«Si vous ne vous alliez pas pour obtenir une taille critique, vous risquez de quitter la Champions League.» Dans leur bureau jouxtant la coupole dorée de l’église orthodoxe russe, à Genève, Me Luc Argand et Me Nicolas Hoffmann filent la métaphore footballistique. L’étude de Pfyffer – dont Luc Argand est associé – ainsi que Nicolas Hoffmann et six autres associés de l’adjacent cabinet Python rejoignent l’équipe de Kellerhals Carrard à compter du 1er janvier prochain. Ce sont les derniers transferts en date sur le mercato des avocats d’affaires.

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Les deux associés évoquent le besoin d’augmenter leur «force de frappe» afin d’éviter un éventuel déclassement. Approchés séparément par le réseau de cabinets Kellerhals Carrard il y a quelques mois, ils évoquent conjointement une étape stratégique face à l’inflation législative et réglementaire, le développement de nouveaux domaines juridiques ainsi que le besoin d’acquérir de nouvelles technologies – en particulier des capacités d’intelligence artificielle pour le traitement rapide des masses de données.

La clientèle «venait plus facilement»

«Les dossiers se complexifient et il devient très difficile de les traiter dans leur globalité», admet Nicolas Hoffmann. D’où la décision de rejoindre Kellerhals Carrard pour «profiter des cerveaux de 160 avocats». L’associé chez Python en veut pour preuve les fusions de grandes multinationales: «Nous avons beau mettre 10, 15 ou 20 avocats sur la due diligence (ndlr, l’audit de conformité), nous ne pouvons régater avec les cabinets étrangers disposant d’équipes travaillant jour et nuit.»

Plus prosaïquement, les deux avocats voient aussi dans le réseau et le nom du nouveau cabinet un avantage marketing. «Quand nous avons débuté dans la profession, la clientèle venait plus facilement, se rappelle Nicolas Hoffmann. Désormais, les plus gros mandats, qui concernent souvent des clients internationaux et/ou institutionnels, tendent à être attribués à des études de grande taille.»

L’opération – qui n’implique pas de contrepartie financière, assurent les deux avocats – permettra à Kellerhals Carrard de mettre un pied à Genève, dans sa fiscalité, ses banques et son négoce de matières premières. Une place qui «manquait encore à l’ambition nationale du groupe», selon Luc Argand.

Fédéralisme judiciaire

L’ancien cabinet Kellerhals est lui-même issu de fusions successives entre études alémaniques. Il s’est uni au lausannois Carrard en 2015. Le réseau compte désormais 195 avocats et consultants, soit quelque 285 employés au total, et revendique la place de «deuxième plus importante» étude de Suisse en termes d’effectifs. Soit juste derrière Lenz & Staehelin mais devant Schellenberg Wittmer.

Nous ne pouvons régater avec les cabinets étrangers disposant d’équipes travaillant jour et nuit

Me Nicolas Hoffmann

«Nous avons été séduits par leur offre originale», motive Luc Argand. Même si de Pfyffer perd sa raison sociale, son associé ne craint pas d’être fondu dans un grand open space. «Kellerhals Carrard travaille comme une fédération. Chaque étude pourra garder sa culture et son organisation propre. Nous y voyons aussi une opportunité pour la jeune génération d’avocats.»

La réorganisation ne laissera personne sur le carreau et n’impliquera pas de relocalisation, rassure Luc Argand. «Les déménagements, c’est toujours un petit peu traumatisant», confie celui qui tient à garder son enseigne à la rue François-Bellot où les clients ont leurs habitudes. L’annonce du regroupement a d’ailleurs été agendée afin d’informer les habitués du cabinet avant les médias et les rassurer quant au maintien du contact personnel.

Plus d’avocats, plus de conflits d’intérêts

Ces regroupements de cabinets ont commencé à s’opérer en Suisse à la fin des années 90, sur un modèle anglo-saxon. Avant, seul Lenz & Staehelin dépassait la cinquantaine d’avocats. Le cabinet qui revendique aujourd’hui plus de 200 praticiens a notamment pu se développer grâce aux mandats attribués par les multinationales implantées en Suisse.

Benoît Chappuis y a travaillé pendant trente-deux ans. Avocat spécialisé dans le contentieux et professeur aux universités de Genève et de Fribourg, il constate également une concentration des cabinets et un durcissement de la concurrence. «Il est difficile aujourd’hui pour un jeune avocat de se lancer sans rejoindre une étude existante, à moins de se profiler rapidement dans un domaine spécialisé comme le droit du travail, le droit de la famille, la fiscalité ou encore les nouvelles technologies», nuance l’ancien bâtonnier qui a lui-même fondé son propre cabinet. «C’était juste une chaise, un téléphone et un ordinateur: je l’avais envisagé comme une forme de retraite. Mais le téléphone ne s’arrête plus de sonner», rigole-t-il.

Lire également: Le numérique gagne aussi les avocats

Benoît Chappuis voit le secteur se polariser avec, d’un côté, de petits cabinets très spécialisés et, de l’autre, de grandes études qui ne devraient pourtant guère dépasser 200 avocats en raison de l’étroitesse du marché suisse, renforcée ces dernières années par les fusions d’entreprises. «Quand j’ai commencé mon stage en 1982, la place financière comptait 500-600 banques, contre un peu plus de 300 à présent. Et, plus on regroupe d’avocats dans une structure, plus on multiplie les potentiels conflits d’intérêts. C’est la plaie du métier.»

Du côté des deux cabinets genevois, on affirme avoir déjà fait l’inventaire de ces potentiels conflits d’intérêts. «Nous en avons identifié quatre ou cinq, reconnaît Luc Argand. Nous ne pouvons de toute façon pas plaider contre les clients de Kellerhals Carrard, mais cela ne veut pas dire qu’il faut à chaque fois se retirer du mandat. Le fait que nous travaillons dans un petit marché peut aussi faciliter les procédures de conciliation afin d’éviter les conflits.»


En chiffres

Les grandes études de plus de 20 avocats représentent 16,5% des effectifs, selon la Fédération suisse des avocats qui effectue régulièrement des pointages parmi ses membres. Une proportion inchangée depuis cinq ans, selon son secrétaire général, René Rall, qui précise que «la grandeur des études se développe proportionnellement à l’augmentation du nombre d’avocats». A fin décembre 2017, les études de 1 à 3 praticiens représentent 42% du total. Et seules six dépassent les 100 membres.

A Genève, le nombre d’avocats a quasiment doublé depuis l’an 2000. De 960, les inscrits au barreau sont passés à 1260 en 2010 et à 1752 en 2018, selon l’Ordre des avocats genevois.

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