Kiev se trouve au bordde la faillite financière

Budget L’Ukraine doit régler au plus vite sa note énergétique pour ne pas geler cet hiver

Les réserves en devises du pays sont à leur plus bas niveau depuis dix ans

Saignée à blanc par le conflit du Donbass, l’économie ukrainienne s’approche du gouffre. Le Fonds monétaire international (FMI) a averti mardi qu’une injection de 15 milliards de dollars serait nécessaire dans les toutes prochaines semaines pour éviter un effondrement financier du pays.

L’alarme retentit parce que les réserves en devises de la Banque nationale d’Ukraine (BNU) ont fondu de 21% en novembre et ne contiennent plus que 10 milliards de dollars au 1er décembre. C’est leur plus bas niveau depuis dix ans. Le risque de défaut sur la dette approche à grands pas alors que plusieurs échéances approchent.

Fortement attaquée, la devise nationale (hryvnia) a perdu 47% de sa valeur depuis janvier 2014 et la BNU a dépensé autour de 2 milliards de dollars de ses réserves durant les deux derniers mois pour résister à la dévaluation.

Les raisons de l’effritement sont multiples. L’Ukraine a réglé une partie de sa dette gazière envers Gazprom, soit 1,45 milliard de dollars pour des livraisons remontant à novembre et décembre 2013. Kiev doit encore régler une tranche supplémentaire, qui fera vraisemblablement tomber les réserves à 8 milliards de dollars (soit à peine un mois d’importations), prévient une note de la banque russe Alfa Bank. L’année prochaine, l’Ukraine devra rembourser 9 milliards de dollars de dette étrangère arrivée à maturité, ainsi qu’une note de gaz approchant également les 9 milliards de dollars.

Malgré les immenses efforts du gouvernement ukrainien pour réduire la dépendance envers les ressources énergétiques russes, Moscou tient une fois de plus en main les clés du radiateur. En effet, sans le gaz, le charbon et l’électricité russe, des régions entières risquent de passer un hiver particulièrement rigoureux. Après avoir complètement cessé ses livraisons à l’Ukraine en juin pour une dette non réglée, Gazprom a recommencé lundi à injecter du gaz dans le réseau ukrainien. Moscou impose désormais à son voisin de régler d’avance son gaz.

Kiev s’est en outre résolu lundi à acheter de l’électricité russe pour compenser le déficit créé par l’absence de charbon servant à alimenter ses propres centrales d’électricité. Le charbon ukrainien vient principalement des régions de Lougansk et de Donetsk, sur lesquelles Kiev a perdu le contrôle. A cause du conflit dans l’est du pays, l’Ukraine a perdu environ 10% de sa capacité à produire de l’électricité. En temps normal, l’Ukraine est autosuffisante en électricité – 40% de sa production vient du nucléaire et 40% du charbon, le reste se répartissant entre le gaz et l’hydroélectricité – et est même exportatrice.

Un important crédit occidental est le seul moyen de regonfler à temps les réserves, s’accordent à dire les experts. «Les principaux pourvoyeurs de devises étrangères sont les industries métallurgiques et chimiques, qui sont en grande partie localisées dans la zone de conflit», note Viktor Sokolov, vice-président de l’Institut Gorchenine, à Kiev. Sur les 7% du territoire ukrainien passés aux mains des rebelles se trouvent concentrées de nombreuses entreprises générant environ 8% du PIB ukrainien. «Le conflit avec la Russie n’est pas seulement militaire, mais a aussi pour but de mettre notre économie à genoux. Le soutien occidental est crucial.»

D’autres experts voient dans la politique économique du gouvernement un danger encore plus grand que le conflit du Donbass. «Si le risque de défaut est très élevé, c’est largement à cause de nos dirigeants. Seule une aide étrangère peut couvrir les échéances proches, mais le danger de défaut n’est que retardé, car au lieu de stimuler l’activité économique, le gouvernement augmente la pression fiscale et impose encore davantage de régulations. Et surtout, la corruption continue de ronger le pays», se plaint le financier Alexandre Tulko, gestionnaire de fonds chez UPS Capital à Kiev.

La semaine dernière, l’Ukraine a reçu une seconde tranche de 500 millions d’euros venant de l’Union européenne. L’aide fait partie d’un vaste crédit de 27 milliards de dollars réparti sur deux ans.

L’économie ukrainienne piétine depuis longtemps. Après un bref sursaut de croissance en 2011 (5,2%), les deux années suivantes ont vu une croissance nulle. Le premier ministre Arseni Iatseniouk prévoit une contraction de 7% de l’économie cette année, tandis que l’année prochaine sera vraisemblablement placée une nouvelle fois sous le signe de la récession.

Le risque de défaut sur la dette approche à grands pas alors que plusieurs échéances financières approchent