A Game As Old As Empire. Steven Hiatt. Berret Koehler. 310 pages

John Perkins n'a pas seulement publié un ouvrage resté six mois en tête des best-sellers du New York Times. Ses Confessions of an Economic Hit Man (EHM) ont aussi été vendues à 500000 exemplaires. Il y décrivait son expérience dans les zones les plus tristes de la mondialisation et dénonçait les abus de toutes sortes. Aujourd'hui, Steven Hiatt tente de démultiplier l'expérience. Il offre 12 chapitres de confessions écrites par autant de contributeurs, «témoins des méfaits des acteurs de la mondialisation», ceux qu'on appelle désormais les EHM. C'est donc la bible de l'antimondialisation, de l'antifinance et de l'anti-multinationales. C'est aussi une attaque frontale contre les centres «offshore». John Perkins assure lui-même l'introduction. Il reconnaît que le monde a changé depuis son initiation aux dessous-de-table. Marcos, Abacha et Pinochet sont partis. «Mais la corruption demeure et le tiers-monde continue de souffrir», écrit-il. Pour lui, les contours du phénomène sont simplement devenus plus complexes. Cette thèse du «tous corrompus» est omniprésente. Le trait est gros. L'analyse refuse la nuance et la précision. Les auteurs dénoncent les objectifs politiques des acteurs de la finance, sous l'impulsion du FMI, de la Banque mondiale et de l'OMC. C'est une remise à jour du discours antilibéral.

Les témoignages sont parfois intéressants, comme celui de SC Gwynn, en prêteur à des entreprises qui manifestement ne pourront jamais rembourser. Ou celui de John Christensen sur son expérience d'intermédiaire financier à Jersey dans l'industrie de l'évasion fiscale. Mais les témoignages oublient la notion temporelle. Ils datent généralement des années 70 ou 80. Comme si rien n'avait vraiment changé. Et l'ouvrage ne fait pas dans la dentelle. La Suisse est décrite avec le tir d'artillerie lourde de l'antifinancier. Pourtant en matière de blanchiment, chacun sait qu'il faut regarder ailleurs. Malgré ces défauts majeurs, il devrait être très lu dans les milieux anti-OMC.