La finance mène-t-elle le monde?. Marie-Paule Virard. Larousse, coll. «A dire vrai»125 p.

Les soubresauts de la planète finance ne surprennent pas Marie-Paule Virard, l'ancienne rédactrice en chef du magazine Enjeux-Les Echos: elle avait déjà lancé un cri d'alarme en 2005, avec Patrick Artus, directeur de la recherche économique de Natixis: Le capitalisme est en train de s'autodétruire (La Découverte). Son nouveau livre donne, dans un style accessible, une remarquable description analytique de la crise financière et de ses ressorts. L'auteur rappelle entre autres que la plupart des grandes crises bancaires ont été précédées de mouvements de libéralisation du secteur financier.

Les exigences de rendement financier des investisseurs sont difficilement tenables, dans le cas de stratégies économiques et industrielles classiques. De 2000 à 2007, les entreprises du CAC 40 ont pourtant semblé y parvenir: leurs profits ont presque doublé. Elles ont aussi multiplié les rachats de leurs propres actions pour soutenir leurs cours de bourse et réduire leurs fonds propres. Mais, en même temps, leurs investissements reculaient de 23% et leur endettement - favorisé par de faibles taux d'intérêt - progressait de 55%. L'«élite» managériale a été fortement intéressée aux dérives du capitalisme financier et récompensée de cette fuite en avant.

Avec tous ses excès, à l'instar de la spéculation incontrôlée sur les produits agricoles, le capitalisme financier modèle donc une société de plus en plus inégalitaire et instable. Pourtant, renoncer à ce système serait «se condamner tout de suite à produire moins de richesses et à voir celles-ci encore plus mal réparties», dit l'auteur. Au-delà des réflexions sur une régulation accrue qui corrige davantage les excès passés qu'elle ne prévoit les prochains, Marie-Paule Virard appelle à plus de coopération pour corriger les déséquilibres financiers internationaux. Et à «réhabiliter l'esprit de responsabilité contre cette «avidité» sans limites que dénonçait déjà Max Weber. Au niveau des nations comme des individus. C'est dire si la bataille n'est pas gagnée d'avance. Raison de plus pour l'engager sans attendre. Soyons réalistes: espérons l'impossible.» Vaste programme.