Dans son nouveau livre, In Spite of the Gods: The Strange Rise of Modern India, Edward Luce, chef du bureau de Washington pour le Financial Times, décrit avec humour l'Inde moderne. Basé à New Dehli entre 2001 et 2006 comme chef du bureau du FT pour l'Asie du Sud, il en a profité pour compiler toute une série d'observations, d'anecdotes, pour déboucher sur un ouvrage documenté, qui s'appuie sur des statistiques et de longs intermèdes historiques.

Edward Luce jette un regard nuancé sur l'Inde contemporaine, du nord au sud, des riches aux pauvres, des illettrés aux élites hautement éduquées. Cette Inde du monde globalisé, que les Anglo-Saxons surnomment volontiers New India, Edward Luce en parle comme il parlerait de ses beaux-parents: sur un ton qui entretient une certaine distance à propos d'un sujet intimement familier mais avec lequel on n'entretient pas de liens de sang. Cette analogie n'est pas qu'imaginaire, elle est littéralement vraie dans le cas de Luce: le Britannique est apparenté à une famille indienne depuis qu'il s'est uni avec sa femme originaire de New Dehli.

Ce journaliste, qui a été le rédacteur, durant les années Clinton, des discours du secrétaire d'Etat au Trésor Lawrence Summers, développe la thèse qu'avant l'économie, c'est la politique qui constitue le vrai moteur de l'Inde, constat basé sur ses nombreuses interviews des élites politiques et d'affaires locales.

S'il accorde une bonne place aux dimensions sociologiques, religieuses et historiques de l'Inde, n'hésitant pas à revenir quelques siècles, voire millénaires en arrière pour mettre en contexte ce qu'il observe, des commentateurs indiens sur le site http://www.amazon.co.uk lui reprochent d'avoir trop peu analysé le phénomène de l'ascension de la classe moyenne indienne, dans laquelle, arguent-ils, résident les ressorts et les forces vives de l'Inde véritable.

Un ouvrage compétent pour une introduction utile sur l'Inde mais qui n'apprendra rien de très original aux initiés.