Les Capitales du capitalYoussef CassisIconographie Anne LancePictet/Slatkin, 2005, 396 pagesAbstraction faite d'une brève préface, il faut lire jusqu'à la page 48 pour voir apparaître - discret, mêlé à d'autres - le nom de Pictet. C'est ça, la classe! Pour ses 200 ans, la banque privée genevoise aurait pu s'offrir un livre retraçant ses heures glorieuses. Elle a préféré financer un projet plus ambitieux sur le plan intellectuel en demandant à l'historien Youssef Cassis une histoire des grandes métropoles de la finance, approche mondiale et synthétique qui faisait jusqu'ici défaut pour le grand public.

D'Amsterdam à Singapour en passant par la City, Wall Street, Berlin ou Francfort selon les époques, Paris et bien sûr Genève parmi les «places secondaires», le lecteur suit ces 200 ans d'histoire avec d'autant plus de plaisir que les textes concis, très informatifs, s'accompagnent d'une iconographie aussi belle que pertinente.

L'approche permet d'observer l'interaction et la concurrence entre les différentes places financières. On découvre que dès la fin du XVIIIe siècle, les autorités anglaises étaient très conscientes de l'intérêt national qu'il y avait à soutenir une place financière forte, ce que d'autres ont mis beaucoup plus de temps à découvrir.

Les facteurs de l'essor ou du déclin servent de fil rouge à l'analyse. On observe certaines constantes, notamment le fait que les capitales financières dépendent de la puissance économique de l'Etat où elles se développent, mais encore plus de son degré de rigidité réglementaire, comme Paris en a fait la cuisante expérience (et, dans une moindre mesure, la Suisse avec l'introduction du droit de timbre). Le rôle déterminant de certains banquiers-entrepreneurs (et voyageurs), de même que les phénomènes de spécialisation et de «niches» sont aussi mis en lumière.

Le développement des places financières depuis vingt-cinq ans ayant été «sans précédent», l'auteur, s'interroge sur l'avenir et conclut sur un avertissement: leur succès dépend de la mondialisation, qui peut s'attendre à vivre «un retournement de plus ou moins grande ampleur», pesant sur leurs revenus sans bouleverser leur hiérarchie. Quant au risque d'obsolescence dû à l'explosion des communications, Youssef Cassis n'y croit pas trop mais estime que celle-ci exigera encore de gros efforts d'adaptation.