Wilhelm Röpke, Ein Leben in der BrandungHans Jörg HennekeVerlag NZZ, 2005. 78 francsLe 13 février 1966, les rotatives de la NZZ impriment le dernier article de Wilhelm Röpke sur la surchauffe conjoncturelle en Suisse quand le cœur de ce Genevois d'adoption s'arrête. Ce professeur d'économie, né en 1899 en Allemagne, qui a passé la Première Guerre mondiale sur le front, y fut blessé, combattit très tôt tous les totalitarismes, fuit l'Allemagne nazie et devint professeur à HEI à Genève dès 1937, participa à la création du néolibéralisme en 1938.

Le livre que lui consacre Hans Jörg Henneke décrit un haut personnage, qui a conseillé Ludwig Erhard dans l'établissement de l'Allemagne d'après-guerre, fédéraliste et ancrée à l'Ouest. Cette autorité morale, gaulliste par nécessité mais d'abord atlantiste, chroniqueur réputé à la NZZ, est surtout un auteur d'ouvrages influents, comme Crise et Conjoncture (1932) et Civitas Humana (1944).

Grand défenseur de l'économie de marché, il diffère des libéraux tels que Ludwig von Mises et Friedrich von Hayek. Il leur reproche un économisme aveugle et un laisser-faire trop extrême, et rejette avec force l'anticapitalisme et ceux qui ne jurent que par la puissance de l'Etat avec un langage de justice sociale. Il choisit une «troisième voie», ce qui le rendra un temps suspect, celle de la raison et de la mesure. Célèbre pour sa théorie des cycles, il s'oppose à Keynes qu'il n'apprécie nullement. Il accepte toutefois, pendant la dépression, une politique conjoncturelle active. Mais davantage que quiconque il soulignera les risques de cet interventionnisme. Economie de marché, ancrage aux valeurs occidentales et refus de toute négociation avec les totalitarismes, le national-socialisme comme le communisme, il ne cessera d'ancrer sa théorie dans la morale. Il s'oppose ainsi à Max Weber et à sa «liberté des jugements de valeur».

Il se méfiera toujours du projet centralisateur que bâtit l'Europe. Il souligne ici les risques de sacrifier l'économie de marché sur l'autel d'un européanisme dogmatique.