Le projet annonce peut-être la première fusion entre des compagnies nationales européennes. KLM et Alitalia ont indiqué vendredi à Genève leur intention d'intensifier leur collaboration commencée en novembre dernier. Les deux partenaires n'excluent pas à terme de se fonder en une seule et même société. Le rapprochement des activités, qui sera d'ores et déjà effectif le 1er novembre, donne naissance à la première compagnie aérienne d'Europe par le nombre de passagers transportés. Cette dernière desservira 377 destinations dans 87 pays et sa flotte comptera 260 appareils.

Le partenariat baptisé «One ticket to the world» ne remet pas en cause les marques Alitalia et KLM. Il concerne tant le transport de passagers que le fret. Quant au management, l'alliance disposera d'une équipe de direction unifiée dont la localisation n'est pas encore définie, ont expliqué à la presse les responsables des deux compagnies. «Rien de semblable n'a été fait jusqu'ici dans le transport aérien: nous allons opérer comme une seule et unique compagnie, a souligné Leo Van Wijk. Nous envisagerons toutes les options pour une future intégration juridique et financière. La fusion est l'une d'entre elles.»

Dans l'édition du Financial Times de vendredi, Leo Van Wijk s'avançait un peu plus en affirmant que les deux firmes pourraient fusionner dans les trois ans. A Rome, le directeur général de l'IRI (holding public et actionnaire majoritaire d'Alitalia), Pietro Ciucci, cité par la Repubblica, a observé que la fusion n'est pas à l'ordre du jour. «Mais une fois la privatisation d'Alitalia achevée, on ne peut pas exclure cette possibilité.»

Le PDG d'Alitalia, Domenico Cempella, affirmait vendredi à Genève que, mis à part quelques inévitables doublons, le rapprochement ne devrait pas entraîner de destruction d'emplois. Le nouvel ensemble créera au contraire des postes. «Il s'agit plutôt d'agrandir le gâteau que de faire des économies», a expliqué Rob Abrahamsen, le directeur financier de KLM.

Les promoteurs de «One ticket to the world» attendent des synergies de l'ordre de 640 millions de francs par an pendant trois ans. La plus grande partie doit venir de l'amélioration des revenus et un quart seulement de réduction de coûts. La répartition des bénéfices se fera équitablement entre les deux partenaires et les flottes seront bientôt harmonisées. Au cours des trois prochaines années, les deux compagnies attendent des livraisons d'appareils pour une valeur de 3,5 milliards d'euros.

L'alliance doit encore obtenir le feu vert des autorités européennes. Domenico Cempella se dit optimiste et espère qu'une solution positive interviendra au mois de septembre. Alors que KLM a déjà noué une alliance avec l'américain Northwest Airlines, Alitalia espère elle aussi recevoir l'immunité des autorités antitrust américaines pour rejoindre le partenariat sur l'Atlantique Nord. Leo Van Wijk n'a pas exclu que d'autres compagnies se joignent à eux.

Les profils de KLM et Alitalia diffèrent sensiblement. La compagnie néerlandaise ne réalise que 10% de ses activités en Europe alors qu'Alitalia réalise 60% de ses revenus sur son marché domestique. KLM a bâti son succès à travers la montée en puissance de son hub de Schiphol qui lui a permis de nourrir son trafic, tant en termes de passagers que de fret. Mais l'aéroport d'Amsterdam voit sa capacité atteindre ses limites. KLM pourra s'appuyer sur les plates-formes aéroportuaires de son partenaire à Rome et à Milan. Elle a signalé vendredi vouloir investir 159 millions de francs dans le développement de l'infrastructure de Milan-Malpensa, dont les difficultés de mise en service ont pesé sur les résultats d'Alitalia cette année.

Contrairement à KLM, Alitalia reste une compagnie dont le capital est majoritairement en mains publiques.