Konrad Hummler, associé de Wegelin & Co, et représentant de l'Association des banquiers privés suisses au conseil d'administration de l'Association suisse des banquiers (ASB), a démissionné de ses fonctions à l'ASB le 16 septembre, faute de discussion sur les conséquences des bilatérales II et de Schengen, annonce la Weltwoche dans son édition d'hier. L'ASB ne l'a pas communiqué. Sur le site internet de l'organisation, le Saint-Gallois figure toujours parmi les membres du conseil. «Nous n'avons pas pour habitude d'informer durant l'année des changements au conseil d'administration», explique Thomas Sutter, son porte-parole.

Konrad Hummler, personnalité renommée et respectée, membre du conseil d'administration de la NZZ et du conseil de banque de la BNS, déclare au Temps «trouver bizarre qu'il n'y ait jamais eu de discussion au conseil d'administration sur notre vision de l'Europe. Nous parlons de sécurité internationale, mais pas des conséquences à long terme des bilatérales et de Schengen. Même si sa situation géographique est différente, l'Angleterre, par exemple, n'est pas membre de Schengen.» Le banquier craint que ce dernier accord soit un premier pas vers l'adhésion à l'Europe. «Nous avons d'autres options que Schengen ou l'adhésion.»

Le porte-parole de l'ASB soutient que les accords sont favorables au pays et à la place financière. Le secret bancaire est garanti. Il ne craint pas davantage une interprétation évolutive du traité puisque «la Suisse dispose d'un «opting out» (droit de sortie de l'accord) permanent sur la fiscalité directe». L'entraide juridique est possible sur la TVA, mais si l'Union européenne désire l'élargir à la fiscalité directe, la Suisse dispose d'une option lui permettant de refuser cet élargissement. Le cas échéant, ce serait à elle de signaler sa désapprobation et d'utiliser ses droits. La Suisse imposera, à un taux de 15% initialement, puis de 20% et enfin de 35% les intérêts des revenus étrangers. Ceci jusqu'en 2010. Environ trois ans après cette date, la discussion pourra porter sur le fonctionnement de l'accord. C'est pourquoi Pierre Mirabaud, président de l'ASB, a plusieurs fois déclaré que le secret bancaire était protégé pour au moins dix ans.

Par contre, si la Suisse refuse les accords, le secret bancaire risque d'être la cible constante des attaques de Bruxelles.

Une vaste consultation

Konrad Hummler reproche l'empressement de la direction de l'organisation à afficher, dès le 17 mai, son accord avec les bilatérales II et Schengen, deux jours avant le sommet entre les autorités suisses et européennes, sans avoir mené le débat nécessaire.

Thomas Sutter explique que l'Association suisse des banquiers a mené une vaste consultation auprès de tous ses membres durant l'été. «Toutes les banques pouvaient discuter des accords oralement et par écrit. D'ailleurs depuis trois ans, les différents points font l'objet d'un débat au conseil d'administration.» Le CEO de l'organisation, Urs Roth, a ensuite, le 15 septembre, annoncé le résultat positif de la consultation, à la veille de l'assemblée générale. Il n'y avait donc pas lieu de l'inscrire au conseil d'administration du 16 septembre.

S'estimant placé devant un fait accompli, l'associé de Wegelin a décidé de quitter ses fonctions. «La consultation était insuffisante», précise ce dernier, qui ajoute que des milliers de bulletins expliquant les avantages des bilatérales ont été envoyés par le Forum Finanzplatz, l'organisation créée l'an dernier par des parlementaires et personnalités pour défendre la place financière suisse: «Je n'aime pas faire partie de conseils d'administration où l'on se tait. C'est mon caractère.» Et d'ajouter que cet empressement de l'ASB se comprend dans le traditionnel esprit de loyauté qui règne entre une grande organisation et l'administration: «Comme au PRD et au PDC, on évite la discussion.»

Le successeur de Konrad Hummler sera connu en décembre. Le représentant de l'Association des banquiers privés suisses devrait également être Alémanique, selon Chantal Bourquin, porte-parole. L'Association tenait ce jeudi à Berne son assemblée des délégués, et devait précisément aborder cette question. Mais le nom du successeur ne sera pas dévoilé avant le conseil d'administration de l'ASB en décembre. Un autre banquier privé, Charles Pictet, va quitter les instances supérieures de l'ASB, l'été prochain, puisqu'il entrera en fonctions à la CFB en juillet.