Après la présentation, la semaine dernière, du rapport sur la responsabilité des organes de SairGroup étabi par le cabinet d'audit Ernst & Young, la conférence annuelle de KPMG Suisse, le troisième cabinet d'audit du pays (après PricewaterhouseCoopers et Ernt & Young), était attendue avec un intérêt accru mardi à Zurich. Réalisé sur mandat du commissaire au sursis concordataire de Swissair, le rapport de Ernst & Young met en effet clairement en cause la responsabilité non seulement de PricewaterhouseCoopers, réviseur de SairGroup jusqu'en 2001, mais aussi, bien que dans une mesure bien moindre, celle de KPMG, chargé du contrôle spécial demandé par les actionnaires de SairGroup en 2001.

Travail satisfaisant

«Le rapport de Ernst & Young critique notre travail de consolidation des comptes de SAirGroup, mais «complimente» aussi KPMG pour avoir signalé la menace qui pesait sur la pérennité du groupe aérien», tient à relativiser Jakob Baer, associé senior et président de la direction générale de KPMG Suisse. Le rapport de Ernst & Young reproche notamment à KPMG de n'avoir pas consolidé intégralement les compagnies Sabena, LTU et les participations françaises dans les comptes de SAirGroup, alors que ce dernier les contrôlait de facto, même avec une part minoritaire des droits de votes. «Deux grands esprits peuvent diverger sur une question», estime encore Jakob Baer. Ce dernier ne craint pas de se déclarer satisfait du travail de KPMG au vu de la complexité des 350 sociétés de SairGroup, compte tenu du fait que «le mandat a été confié à KPMG en avril-mai 2001 et le rapport remis début août.»

«Lors des débâcles de ces dernières années, ce sont toujours les réviseurs qui ont payé le gros de la facture, alors que les autres s'en sont tirés avec des montants symboliques. Ce n'est pas normal», a en outre déploré Jakob Baer. Si ce dernier juge la question de la responsabilité civile «existentielle pour les réviseurs», il n'en estime pas moins que «le métier est devenu plus intéressant». D'ailleurs, le troisième groupe de révision de Suisse table pour l'année en cours sur une légère amélioration de ses affaires, malgré un contexte difficile. En 2002, KPMG Suisse a vu son bénéfice d'exploitation chuter de 63% à 4,6 millions de francs. Mais la société a généré un chiffre d'affaires en honoraires de 330,3 millions de francs, en hausse de 4,2% par rapport à l'exercice précédent, alors que le marché a crû au rythme de 3% en moyenne, selon Peter Hess, responsable des finances. Dans le domaine de la révision (47% des honoraires de la société), la croissance s'est élevée à 3,4%. Le conseil fiscal, le conseil légal et les services de gestion bancaire ont permis à KPMG Suisse d'enregistrer une croissance supérieure à la moyenne l'an dernier.

Loi Sarbanes-Oxley

L'harmonisation des normes comptables internationales et les implications de loi américaine Sarbanes-Oxley constituent deux autres questions cruciales évoquées par les dirigeants de KPMG Suisse. Pour Stuart Robertson, membre de la direction, «les Américains attendent que la norme IAS ait repris certains points des normes américaines US-GAAP avant de s'asseoir à la table de négociation». Adoptée en juillet 2002 pour éviter la répétition de scandales d'entreprises, la loi américaine Sarbanes-Oxley est en contradiction, dans sa version initiale, avec certaines dispositions du Code pénal suisse (secret professionnel, secret des affaires) ainsi qu'avec plusieurs lois fédérales (protection des données, banques, etc.). En tant qu'instance d'application, la SEC a cependant accepté le principe qui impose aux Etats d'éviter les conflits de juridiction ou de droits applicables. Sous la coordination de Thomas Pletscher, de la direction de Economiesuisse, un groupe de travail prépare actuellement une réunion d'experts avec la SEC pour février ou mars. Celle-ci doit servir de base à une solution soutenue par toutes les parties concernées. «Cette solution rapide devrait aboutir cet été. Si elle n'aboutit pas, il faudra alors se résoudre à une solution longue», précise au Temps Thomas Pletscher.