Kraft Foods a précisé dans un communiqué qu’il se proposait de racheter chaque action Cadbury en échange de 300 pence plus 0,2589 action Kraft à émettre (soit 745 pence au total), valorisant la totalité du capital du britannique à 10,2 milliards de livres, ou 11,7 milliards d’euros. Ce prix représente une prime de 31% par rapport au dernier cours de clôture de Cadbury. Kraft a ajouté que le conseil d’administration de Cadbury avait rejeté cette proposition de rachat, mais qu’il n’avait pas renoncé à le convaincre.

Dans la foulée, le cours du confiseur s’envolait à la Bourse de Londres, grimpant de 34,51% à 764 pence dans les premiers échanges, dépassant ainsi le prix offert par Kraft.

Pour tenter de convaincre les actionnaires du britannique, Kraft Foods a plaidé que la combinaison des deux groupes permettrait de renforcer «la position de Kraft Foods de géant mondial des snacks, de la confiserie et des plats préparés», avec un portefeuille de produits sans égal, et un chiffre d’affaires annuel de 50 milliards de dollars (ou 35 milliards d’euros). Un tel mastodonte disposerait de positions de pointe sur des marchés émergents clefs, comme l’Inde, le Mexique, le Brésil, la Chine et la Russie.

Le nouveau groupe pourrait également générer une croissance accélérée, en s’appuyant sur «les marques symboles de Cadbury, et son héritage britannique important», a expliqué la patronne du groupe américain Irene Rosenfeld, qui juge le portefeuille du britannique «hautement complémentaire» de celui de sa société.

Kraft Foods fait également miroiter «au moins 625 millions de dollars» d’économies de coûts par an, un chiffre qui pourrait être atteint dans les trois ans suivant la fusion, moyennant des frais d’intégration estimés à 1,2 milliard de dollars.

Match de géants

Kraft Foods, ancienne filiale du géant américain du tabac Altria, détient entre autres les biscuits LU (rachetés en 2007 au français Danone) et Oreo, les cafés Maxwell et Carte Noire, les chocolats Milka et Côte d’Or et le fromage à tartiner Philadelphia. Le groupe réalise la moitié de son chiffre d’affaires aux Etats-Unis.

Cadbury (ex-Cadbury Schweppes) est un des principaux fabricants européens de bonbons, chewing-gum et chocolat. Il avait bouclé au printemps sa sortie du marché des boissons, entamée il y a plus de trois ans. Le groupe britannique possède, en France, des marques de confiserie aussi connues que Carambar, Kréma, La Pie qui chante, Malabar, Vichy, les cachous Lajaunie, sans oublier Hollywood, Stimorol, Kiss Cool ou le chocolat Poulain.

Et Nestlé?

La démarche pourrait donc inciter d’autres acteurs à faire des avances à Cabdury. Nestlé, en particulier, aurait les moyens de se profiler en «chevalier blanc» pour le britannique, d’autant qu’il n’a pas fait trop d’emplettes récemment. Mais le géant vaudois ne s’exprime pas sur une éventuelle surenchère. Nestlé ne commente pas les rumeurs et ne participe pas au jeu des spéculations, a dit son patron Paul Bulcke à Broc (FR), lors de l’inauguration d’un «centre d’excellence».

Le groupe de Vevey est évoqué comme acheteur potentiel de Cadbury depuis des années, rappelle la Banque cantonale de Zurich. Mais elle juge une contre-offre peu probable, pour cause de différences stratégiques.

Pour les analystes de Evolution Securities, il y a une probabilité raisonnable de voir surgir une offre de Nestlé conjointement avec l’américain Hershey, le premier prenant le chewing-gum, et le second le chocolat. Ils observent toutefois que Nestlé a récemment exclu de grosses acquisitions.

Fondamentalement, Cadbury cadrerait bien avec Nestlé, relève de son côté Vontobel. Mais une reprise se heurterait à des obstacles. Ensemble, les deux firmes occuperaient une position dominante en Europe, qui passerait sous la loupe des autorités de concurrence.