Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Un ouvrier travail sur une pompe à pétrole en Russie.
© Serger Karpukhin / Reuters

Conjoncture

Le Kremlin phagocyte 70% de l’économie russe

Le poids croissant de l’Etat russe nuit à la concurrence et contribue à aggraver la crise économique

Derrière la chute du prix du pétrole et les sanctions occidentales se cachent des maux non moins menaçants pour l’économie russe. L’agence fédérale antimonopole russe a publié mardi un rapport accusant l’Etat d’être le principal frein à la concurrence et d’avoir doublé en dix ans son emprise sur l’économie, passant de 35% du produit intérieur brut en 2005 à 70% l’année dernière. L’agence antimonopole, qui s’est basée sur les travaux d’un collège d’experts, inclut les «corporations d’Etat» comme les participations du gouvernement dans les sociétés privées. L’agence a mis en avant un terme fleuri pour définir la gestion actuelle de l’économie: «Capitalisme monopoliste d’Etat».

Des secteurs clés de l’économie russe sont à 100% entre les mains du Kremlin, comme le nucléaire, l’aéronautique ou la défense. Des secteurs stratégiques comme le gaz, le pétrole et les médias restent dominés par l’Etat, qui contrôle en outre les quatre plus grosses banques du pays.

Essoufflement du secteur privé

Le doublement du poids de l’Etat ne s’est pas uniquement fait à travers des acquisitions ou des nationalisations forcées (affaire Ioukos), mais aussi du fait de l’essoufflement du secteur privé, qui ne parvient pas à concurrencer des entreprises d’Etat puissamment favorisées.

Le nombre de ces dernières ou de sociétés appartenant à des collectivités territoriales a triplé entre 2013 et 2016. Or, un récent sondage réalisé par l’agence antimonopole auprès d’entrepreneurs indique que 48% de ces derniers jugent que le pouvoir considère le privé comme un «porte-monnaie». Ils estiment majoritairement que l’Etat ne voit pas le secteur privé comme un partenaire et considèrent les hauts fonctionnaires comme le «principal ennemi de la concurrence».

Des campagnes de privatisation font régulièrement la une des médias. Mais il s’agit d’ordinaire de vendre des parts minoritaires dans des entreprises où l’Etat conserve la majorité. La «privatisation» du pétrolier Bashneft ce mois-ci en a été l’illustration. La part de 50% vendue par le Kremlin dans Bashneft a été avalée par le géant pétrolier Rosneft, dont l’Etat russe détient 70% du capital.

Il faut préciser qu’il n’existe pas de consensus sur le contrôle de l’Etat sur l’économie russe, à cause de la diversité des méthodologies (calcul selon les résultats des entreprises, contribution fiscale, ou poids dans le PIB). En 2012, la banque française BNP Paribas avait calculé que l’Etat ne contrôle que 50% de toutes les entreprises additionnées.

Des dépenses sous le sceau du «secret d’Etat»

Un autre phénomène inquiète les économistes: la croissance rapide des dépenses de l’Etat placée sous le sceau du «secret d’Etat». Selon Vassili Zatsepine, économiste à l’institut Gaïdar, cette part est passée de 11,3% à 16,4% en neuf ans. Des dépenses liées le plus souvent à la défense, et qui représentent aujourd’hui 7,4% du PIB russe (contre 3,1% pour les Etats-Unis). «La croissance économique s’est arrêtée non seulement à cause de la chute des prix du pétrole et des sanctions occidentales, mais aussi à cause du poids de la défense», estime Zatsepine. La récession dure depuis 2013 et le produit intérieur brut russe devrait reculer 1,2% cette année.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo economie

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

Candidate au prix SUD de la start-up durable organisé par «Le Temps», la société Oculight est une spin-off de l’EPFL qui propose des aides à la décision dans l’architecture et la construction, aménagement des façades, ouvertures en toitures, choix du mobilier, aménagement des pièces, pour une utilisation intelligente de la lumière naturelle. Interview de sa cofondatrice Marilyne Andersen

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

n/a
© Gabioud Simon (gam)