«Un jour l'Ouest se fâchera et commencera à saisir les biens et comptes bancaires de l'Etat russe à l'étranger.» On ne sait pas si ce pronostic d'un journal russe, concernant le non-remboursement des dettes de la Russie aux pays dit du Club de Paris, a effrayé le gouvernement russe. Toujours est-il que lundi, premier jour des négociations entre les experts du Ministère des finances et la délégation du Fonds monétaire international (FMI) arrivée à Moscou mercredi dernier, la partie russe a multiplié les signes de bonne volonté.

Retournement de situation

Un peu contrainte et forcée, certes. Comme le soulignaient les observateurs russes, le FMI est venu à Moscou avec des positions tranchées et guère négociables sur la question de la dette – principale condition fixée pour l'octroi de nouveaux crédits. Les experts du FMI l'ont répété jusqu'à plus soif: «Nous constatons que, malgré le fléchissement des prix pétroliers, la balance des paiements de la Russie reste très favorable et que ce pays a aujourd'hui les moyens de régler ses dettes.» Ce qui a fait dire hier à Oleg Viouguine, ancien vice-ministre des Finances et aujourd'hui vice-président du groupe financier Troika-Dialog, que «la partie russe aurait dû négocier avec le FMI bien plus tôt. Convaincre maintenant que la Russie est insolvable s'apparente à une mission impossible.» Une mission qui a débuté hier et pour une dizaine de jours, avec l'arrivée à Moscou du chef de la délégation, Gérard Belanger. C'est sur le rapport de cette délégation que le FMI se basera pour décider ou non la reprise des crédits.

Et visiblement, la pression monte: le ministre des Finances, Alexei Koudrine, a annoncé hier que le premier ministre, Mikhaïl Kassianov, lui a donné 48 heures pour élaborer un projet de loi visant à modifier le budget 2001, de façon à permettre un remboursement accéléré des dettes de la Russie au Club de Paris. Kassianov a d'ailleurs précisé lui-même que l'entrée en vigueur du nouveau système de perception fiscale et des taxes douanières devrait permettre un sérieux effort. Selon Oleg Viouguine, «on devrait pouvoir trouver entre 5 et 6 milliards de dollars, ce qui correspond à peu près à ce que la Russie devrait payer cette année. Il y a également la possibilité de prélever entre 1 et 2 milliards à la Banque centrale, sans trop de dommages pour l'économie».

Les grandes lignes du budget ne seront pas modifiées, a cependant expliqué Koudrine: «La sphère sociale ne sera pas touchée, nous modifierons seulement la répartition des recettes exceptionnelles du Trésor public.»

En échange, le grand argentier russe a annoncé qu'il allait proposer à la délégation du FMI, censée n'être à Moscou que pour évaluer la situation présente, un plan de coopération sur le moyen terme, à savoir jusqu'en 2003. Le ministre a cependant émis des doutes sur la possibilité de trouver «ces jours-ci un accord avec le FMI. Il faudra probablement attendre la venue d'une prochaine délégation». Selon Koudrine, en effet, «le FMI a émis une appréciation trop optimiste de la situation économique en Russie pour que nous puissions espérer une reprise immédiate de l'aide». Les négociations, espèrent les Russes, devraient plutôt porter sur un programme à moyen terme, qui aurait l'avantage de permettre la prise en compte d'une baisse substantielle des revenus pétroliers, plutôt que sur l'état actuel de la balance des paiements.

Kassianov et Koudrine faisaient jusqu'ici partie de ceux qui préconisaient un non-remboursement de la dette dans l'immédiat. Début janvier, ce dernier avait même affirmé que la Russie ne paierait rien en 2001, ce qui avait provoqué l'ire du conseiller économique de Poutine, Andrei Illarionov, lequel paraît avoir eu gain de cause dans cette affaire. A défaut, la Russie pourra toujours se rabattre, en ce qui concerne en tout cas les dettes dues à l'Allemagne, sur la solution de brader ses entreprises aux investisseurs étrangers, pour solde de tout compte.