La suppression de 10% des emplois, soit 110 postes, annoncée jeudi, s'explique par le recentrage du groupe Kudelski sur ses activités de base. «Les marchés de la télévision numérique sont en crise, principalement en Europe, alors qu'ils se portent bien aux Etats-Unis et en Asie. Afin de nous adapter aux demandes différentes qui existent en Europe, nous devons donc ajuster notre offre en proposant des produits plus simples mais où la sécurité devient un élément déterminant.» Cette justification, avancée par André Kudelski, permet de contextualiser le dilemme dans lequel se trouve actuellement le numéro un mondial de la télévision numérique.

Fondée en 1951, Kudelski a démarré ses activités comme fabricant d'enregistreurs portables de haute qualité. Suite à son entrée sur le marché boursier en 1986, la compagnie prend un virage décisif lorsqu'elle exécute sa première vente à Canal+ d'un système de contrôle d'accès pour la télévision payante. En 1991, André Kudelski reprend les rênes de la société et se focalise sur les accès à la télévision à péage. Cinq ans plus tard, cette activité génère 85% des ventes. Aujourd'hui, la société se concentre davantage sur des solutions permettant de garantir une sécurité et de préserver la vie privée.

Depuis maintenant deux ans, Kudelski a poursuivi une stratégie d'acquisitions afin de renforcer la télévision digitale, qui a représenté 62,3% des ventes au premier semestre 2002 ainsi que les contrôles d'accès (37,7% du chiffre d'affaires, voir tableau). La principale société active dans la télévision digitale est Nagravision, l'un des principaux fournisseurs dans le monde de solutions logicielles intégrées de sécurisation destinées aux opérateurs de télévision numérique et de contenus. Le rachat de Lysis – un des leaders dans les solutions de gestion et de contenu –, effectué en 2001, a notamment permis d'étoffer ces offres. Quant au deuxième segment, il comprend des sociétés comme la principale organisation de billetterie de Suisse TicketCorner, SkiData, qui offre des solutions intégrées d'accès et de gestion pour les remontées mécaniques, les parkings et les installations telles que stades et halles d'exposition ou de concert.

Soixante personnes touchées dans le canton de Vaud

«Dans l'évaluation de ce recentrage, nous avons insisté pour ne pas toucher la recherche et le développement de produits. Des transferts internes devraient ainsi se réaliser afin d'étoffer ces équipes.» Sur les 80 licenciements, 60 personnes perdront leur emploi dans le canton de Vaud et les 20 restants concernent principalement des «doublons à l'étranger», précise le patron de la société qui ne peut pas, «à ce stade, dévoiler davantage d'informations car les personnes ne seront averties que d'ici à deux semaines». Quant à la vente de la société neuchâteloise Precel, le nouveau propriétaire devrait assurer le réengagement de la plupart des 30 employés, selon ce dernier.

Du côté de la fusion entre EchoStar et DirectTV, qui semble de plus en plus compromise, «nous n'en avons pas tenu compte dans notre planification. Ainsi un enterrement de cette transaction ne remettrait pas en cause le plan de restructuration», assure André Kudelski.

Pessimiste quant à cette alliance, mais plus optimiste concernant la signature d'un gros contrat très attendu, le patron du groupe technologique de Cheseaux-sur-Lausanne révèle que cette réduction d'effectifs aurait été plus lourde si «des revenus supplémentaires provenant de nouveaux clients de Nagravision n'avaient pas été pris en compte».