«En ce qui concerne nos résultats pour l'exercice 1999, tout le monde nous attendait au contour, exposait André Kudelski, administrateur délégué du groupe qui porte son nom en préambule à la conférence de presse annuelle. Les attentes situaient la croissance des ventes et de la rentabilité de la compagnie autour des 60%. Finalement, nous avons fait beaucoup mieux et cela représente assurément la conséquence des efforts réalisés sur les cinq dernières années pour mettre en place notre stratégie.» Le groupe de Cheseaux a en effet déjoué tous les pronostics. En contraste avec l'année 1998, période de consolidation pour cette société détenue à 65% par la famille Kudelski au niveau des droits de vote, le dernier exercice a été marqué par une croissance phénoménale, tant au niveau du chiffre d'affaires, en hausse de 91% à 214,7 millions, que du bénéfice net, en progression de 115% à 35,4 millions.

Amortissements généreux

Si les analystes s'attendaient à un tel bond en avant de l'entreprise vaudoise, c'est essentiellement en raison des contrats de longue durée passés les années antérieures pour l'installation de systèmes destinés aux opérateurs de télévision numérique, procurant des revenus récurrents à Kudelski. Ils n'avaient toutefois pas anticipé l'ampleur des nouvelles affaires conclues en 1999, une année durant laquelle la compagnie a placé 35 systèmes contre 11 l'année précédente. Et la tendance ne se ralentit pas avec 10 nouveaux systèmes commandés durant le premier trimestre de cette année, sans compter ceux en cours de réalisation. En un mot, Nagravision, la division du groupe active dans la télévision numérique et Internet avec 92% des ventes du groupe, a augmenté sa présence sur un marché global en doublant quasiment sa base de systèmes installés en l'espace de douze mois. Désormais Kudelski dispose ainsi d'une répartition nettement plus équilibrée de son chiffre d'affaires, réalisé pour 45% sur le continent américain et pour 51% en Europe. L'Asie n'est pas délaissée pour autant puisque la Chine par exemple disposera de 14 systèmes Nagravision à fin 2000.

Pour André Kudelski, la croissance proportionnellement plus élevée du bénéfice net s'explique par des amortissements généreux effectués les années précédentes, permettant à l'entreprise de passer certains éléments sur les charges. Et de relever que la solidité financière et la trésorerie du groupe ont été déterminantes dans la conclusion de plusieurs contrats. Selon quelques analystes financiers présents lors de la conférence, nombre de sociétés cotées sur le marché suisse pourraient envier la structure de bilan de Kudelski. Avec un endettement à long terme quasi nul à 6,5 millions pour des fonds propres de 154 millions (+38,4%), le groupe de Cheseaux peut voir l'avenir en rose, non seulement en termes d'acquisitions ciblées, toujours au programme, mais également dans le financement de sa recherche qui représente entre 15% et 20% du chiffre d'affaires. C'est d'ailleurs essentiellement pour alimenter ce département que l'entreprise engage à tour de bras, soit 69 nouveaux collaborateurs en 1999 et déjà 25 durant les premiers mois de cette année.

En quelque dix ans, l'univers dans lequel évolue Kudelski a considérablement changé. Alors que les responsables de l'entreprise parlaient encore de la positionner dans une niche au début des années 1990, plus rien de tel aujourd'hui. Les technologies à large bande sont devenues un marché de masse où la multiplication des décodeurs par abonné, leur permettant d'accéder aux différents bouquets de chaînes numériques, est déjà programmée.

La Bourse applaudit

Grâce à son savoir-faire dans le contrôle d'accès tant chez l'utilisateur final qu'auprès de l'opérateur, Kudelski dispose ainsi d'une position clé, lui permettant d'envisager avec enthousiasme la pénétration du numérique dans les foyers estimée à terme à 90%. La vision du groupe va toutefois nettement plus loin, car il est bien décidé à développer ses compétences au sein de la convergence en cours entre la télévision numérique, Internet, la téléphonie mobile et l'accès physique à des lieux publics. La création de MediaCrypt, joint-venture avec Ascom actif dans la sécurité des transmissions de données, la prise de participation dans Sport Access, qui unifie électroniquement les différents abonnements de ski valaisans, et le lancement de Nagra ID dans les cartes à puce sans contact vont tout à fait dans ce sens.

La Bourse a accueilli favorablement ces excellents résultats, l'action clôturant à 18 000 francs (+3%), d'autant que Kudelski va proposer à l'assemblée générale un split indirect de ses titres. Une action au porteur actuelle sera convertie en 10 nouvelles actions, assorties d'une option donnant droit à l'achat de deux nouveaux titres au prix de 1200 francs. Les liquidités dégagées serviront à des investissements ou à des acquisitions stratégiques.