Au lendemain de la publication par l'OCDE de ses commentaires aigres-doux sur le régime fiscal suisse, le Département fédéral des finances (DFF) a publié les résultats du sondage qu'il effectue régulièrement sur les connaissances de la population en matière de finances publiques. Effectuée auprès de mille personnes, dont aucune du Tessin où les résultats des études antérieures n'ont pas été significatifs, cette étude montre que «la connaissance des chiffres clés de la politique budgétaire suisse a progressé», que l'information reste lacunaire sur la situation fiscale du pays en comparaison internationale et que la lutte contre les abus sur la place financière est méconnue alors même que le secret bancaire reste plébiscité par trois Suisses sur quatre.

Outre ces résultats généraux, trois enseignements méritent plus d'attention. Tout d'abord, comme s'en inquiète le responsable de la communication du DFF, Daniel Eckmann, il y a un «fossé de la connaissance» des finances publiques entre la Suisse alémanique et la Suisse romande. Par ailleurs et contrairement au discours officiel entendu du côté du Département fédéral de l'intérieur, la confiance de la population dans l'AVS s'érode alors que celle dans le deuxième pilier reste intacte. Enfin, et c'est là une surprise de ce sondage, le franc suisse n'est plus un tabou en ce qui concerne une éventuelle adhésion à l'Union économique. En effet, 45% des Suisses ne s'opposeraient pas à l'abandon du franc comme devise nationale au profit de l'euro dans ce cas de figure. Comme le note Daniel Eckmann, «cela ne présage pas des résultats d'une éventuelle votation, mais le mythe du franc n'est pas aussi fort qu'on le pense».

Le fossé des connaissances.

Même s'il n'est pas général sur tous les sujets touchant les finances publiques, on le trouve à plusieurs niveaux. Ainsi, plus de quatre Romands sur dix affirment ne rien savoir de l'endettement de la Confédération. Seuls 18% savent qu'il est à 110 milliards alors que 35% des Alémaniques citent un montant correct. Autre différence: 3% des Suisses pensent que la dette fédérale a été réduite ces dernières années. Mais ils sont trois fois plus en Suisse romande. Enfin, en ce qui concerne les postes de dépenses publiques, quatre Suisses sur dix estiment que les charges sociales sont le plus important. Mais ils sont 34% en Romandie à considérer la défense comme le plus grand poste budgétaire!

Cette différence d'interprétation de part et d'autre de la Sarine se retrouve ailleurs. Ainsi, quand 17% des Suisses estiment qu'une hausse des impôts pourrait améliorer l'équilibre financier fédéral, les Romands suivent cette affirmation avec seulement 7% des citadins et 9% des campagnards. Et, en ce qui concerne le rôle du franc dans une adhésion à l'Europe, les Romands sont plus enclins que les Alémaniques ou les Suisses en général (45% contre 42%) à vouloir conserver cette devise. Tout comme ils sont moins favorables que les Alémaniques à le remplacer automatiquement par l'euro.

L'AVS. Le message de l'étude est clair (voir tableau). Seule une minorité de 35% des Suisses continue à croire à l'efficacité à long terme de l'AVS. Pour Daniel Eckmann, les leçons à en tirer sont limpides: «Trois valeurs fondamentales perdent de leur importance: la solidarité entre les générations, la tolérance, et l'esprit d'entraide qui est remplacé par l'égoïsme.» Les rentiers actuels continuent à croire que l'AVS perdurera. Mais s'ils étaient plus de 70% en 1997 à penser ainsi, ils ne sont plus aujourd'hui que 42% à 47% selon qu'ils ont moins ou plus de 65 ans… Ce scepticisme envers le premier pilier de la prévoyance sociale, reflet des préoccupations de la population en matière de démographie, ne se vérifie pas à l'endroit des caisses de pension: plus de cinq Suisses sur dix font confiance à ce second pilier de leur prévoyance.

Le franc et l'Europe. Bizarrement, la frange la plus conservatrice de la population, celle qui aurait tendance à suivre les sirènes blochériennes, pense que la charge fiscale en Suisse est en moyenne plus élevée que celle de l'Europe communautaire. Même opposés à une adhésion à l'Europe, ces conservateurs accusent donc d'abord le fisc fédéral de tous les maux. «Chez eux, on est contre l'Europe et contre Berne mais on ne refuse pas a priori de discuter de l'euro», commente-t-on sous le couvert de l'anonymat au DFF. Pas étonnant donc de voir ces conservateurs baigner dans la moyenne suisse de ceux (45% des Suisses) qui accepteraient que le franc soit remplacé par l'euro le cas échéant. D'ailleurs, cette idée est plébiscitée par ce que le pays compte comme personnes ouvertes au progrès – en moyenne plus de 55% d'approbation –, par les personnes formées (56%) et par la génération des 35 à 45 ans (57%).