«Un événement historique», «un très bon accord avec une puissance qui pourrait nous écraser», «un pari sur l’avenir»… Dimanche, les formules relayées par la presse pour qualifier l’accord de libre-échange signé samedi à Pékin par le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann et le ministre chinois du Commerce Gao Hucheng étaient particulièrement optimistes. La qualité de la délégation helvétique (pas moins de 29 dirigeants d’entreprise) reflète l’importance de ce traité aux yeux des milieux économiques.

La Chine, premier client asiatique et troisième marché d’exportation de la Suisse, représente 3,7% du total de ces dernières, soit 7,8 milliards de francs. La Suisse a importé 10,3 milliards de biens chinois, soit 5,5% de ses achats à l’étranger. Et il est dit que ce marché de 1,3 milliard de consommateurs pourrait accroître de 67% les exportations helvétiques dans l’avenir.

Mais après six années de discussions ayant mené à ce paraphe officiel, les principaux destinataires de ce texte – sociétés et consommateurs – devront faire preuve d’encore un peu de patience. Non seulement les douanes chinoises s’ouvriront sur une période échelonnée sur cinq à quinze ans, mais «si tout se passe comme prévu, l’accord ne pourra être mis en application que d’ici à fin juin 2014», a indiqué samedi Johann Schneider-Ammann.

Les détails du traité ont été publiés samedi. Les spécificités et leur lot d’exceptions sont si nombreuses qu’aucune estimation chiffrée du gain potentiel n’est pour l’heure disponible. Le texte couvre par ailleurs un très large spectre, comprenant notamment la lutte contre la contrefaçon, la promotion des investissements, la concurrence ou encore la coopération économique.

Reste donc à s’immerger dans les 1152 pages du document – dit de dernière génération car il couvre des domaines tels que les services ou la propriété intellectuelle –, et décortiquer les 8000 règles tarifaires qu’il contient, pour identifier, secteur par secteur, les opportunités qui attendent les deux partenaires commerciaux. Economiesuisse, de son côté, s’est réjoui dimanche «des réductions substantielles des droits de douane perçus sur les exportations suisses vers la Chine». L’association faîtière des entreprises a toutefois requis des améliorations en la matière.

«Nous sommes même allés plus loin que ce à quoi je m’attendais», a cependant indiqué Johann Schneider-Ammann à la Neue Zürcher Zeitung. La Chine est en effet allée plus loin que les règles de l’OMC, concédant davantage à la Suisse sur des enjeux comme les indications géographiques, la protection intellectuelle ou les facilitations administratives pour le secteur des services.

Vu les délais d’entrée en vigueur et l’exhaustivité du document, un comité mixte doit faire le point, au minimum tous les deux ans. Outre le mécanisme de règlement des différends, ce dispositif pourrait mener à des révisions ponctuelles de l’accord.

Il s’agit du 28e traité bilatéral pour la Suisse, et le deuxième avec un pays européen pour la Chine, après l’Islande, en avril dernier. Selon Reto Föllmi, professeur en relations économiques internationales à l’Université de Saint-Gall, Pékin – en discussion commerciale de longue date avec l’Union européenne – considère cet accord avec Berne comme un ballon d’essai pour un rapprochement avec Bruxelles.

La Chine constitue une étape importante dans la tournée asiatique de Johann Schneider-Ammann, arrivé dimanche à Séoul pour une visite de travail de quatre jours. La Suisse souhaite en effet soigner ses relations avec la Corée du Sud, un pays prioritaire de dans le domaine de la collaboration scientifique.

«Dans ces négociations, nous sommes même allés plus loin que ce à quoi je m’attendais»