C’est le stylo à la main que Johann Schneider-Ammann s’est rendu à Pékin. Le conseiller fédéral a décollé hier, vendredi, direction la Chine, pour parapher définitivement l’accord de libre-échange. Il a pris rendez-vous aujourd’hui avec le ministre chinois du Commerce, Gao Hucheng.

Après six ans de discussions préparatoires, d’ateliers industriels sino-suisses, d’études de faisabilité et neuf rounds de négociations, la Suisse s’ouvrira ainsi officiellement encore plus grandes les portes d’un marché de 1,4 milliard de consommateurs.

Deuxième puissance économique mondiale derrière les Etats-Unis, la Chine est le premier client asiatique de la Suisse. Et, au niveau mondial, la troisième principale destination de ses exportations. En 2012, l’industrie helvétique y a envoyé pour 7,8 milliards de francs de marchandises. Soit 3,7% du total. Et la Suisse a importé 10,3 milliards de biens chinois, soit 5,5% de ses achats à l’étranger.

Qu’apportera cet accord à la Suisse? Une fluidification des échanges et un avantage concurrentiel, par rapport aux nations qui n’ont pas signé de traité bilatéral. Les détails de l’accord seront dévoilés aujourd’hui. Mais selon l’étude de faisabilité conjointe, réalisée en 2010, les exportations suisses vers la Chine pourraient augmenter jusqu’à 67%.

Mais ce ne sont que des projections théoriques. Qui plus est, ­elles sont quelque peu faussées par le fait que les chiffres qui ont servi de base de calcul datent de 2009. Une année durant laquelle les échanges commerciaux ont brutalement chuté, au lendemain de l’implosion de Lehman Brothers.

Ce que l’on sait déjà, c’est que les droits de douane qui frappent les montres helvétiques arrivant sur sol chinois seront réduits, de manière progressive, de 60%. A leur retour de Suisse, fin mai, soit deux semaines après que les deux parties sont tombées d’accord sur les aspects techniques du traité, les officiels chinois ont également révélé que 84% des exportations suisses seront exemptées de droits de douane. Dans le sens inverse, 99,7% des arrivages de produits chinois ne devraient pas être taxés, ont-ils aussi assuré. De son côté, Johann Schneider-Ammann a par ailleurs déjà promis aux agriculteurs suisses qu’ils n’avaient pas été sacrifiés sur l’autel des exportateurs.

«L’étude de faisabilité a considéré le commerce des marchandises et des services, les investissements, la propriété intellectuelle, la concurrence, les achats publics, le développement durable, la coopération et les aspects institutionnels, énumère Christian Etter, l’ambassadeur chargé de diriger les négociations, dans le Magazine HEC du mois de mai. Nous sommes arrivés à la conclusion que les deux économies sont complémentaires […], qu’un accord de libre-échange serait dans l’intérêt mutuel.»

Dans la foulée, le conseiller fédéral et la petite délégation économique qui l’accompagne s’envoleront pour Séoul. Ils y rencontreront des officiels de Corée du Sud, avec laquelle la Suisse et ses trois partenaires de l’Association européenne de libre-échange (AELE), soit l’Islande, la Norvège et le Liechtenstein, ont signé un accord de libre-échange en 2006, déjà. Depuis lors, les exportations suisses vers ce pays ont augmenté de 44%, à 2,4 milliards de francs. Les importations de produits coréens, elles, n’ont augmenté que de 6%, à 815 millions.

Dans la foulée, la délégation s’envolera pour la Corée du Sud, avec laquelle la Suisse a un accord depuis 2006