Pour ou contre l’accord de libre-échange avec l’Indonésie, c’est la question à laquelle les Suisses devront répondre le 7 mars 2021. L’objet ne manquera pas d’agiter le monde économico-politique dans les mois à venir après une campagne tendue autour de l’initiative «Entreprises responsables».

Adopté par le parlement il y a un an, cet accord a été signé dans le cadre de l’Association européenne de libre-échange (AELE) en 2018, après huit ans de discussions. C’est la première fois que l’Indonésie concluait un accord de ce type avec des pays européens.

Depuis le vote autour de l’adhésion de la Suisse à l’Espace économique européen, c’est aussi la première fois qu’un accord commercial est soumis à référendum. Preuve de l’intérêt suscité par ce débat, le comité référendaire «Stop huile de palme» est parvenu à déposer à la Chancellerie fédérale le 22 juin 60 000 signatures, plus que les 50 000 nécessaires, malgré les limites posées par les mesures sanitaires au printemps.


A propos du vote sur les multinationales responsables


Des camps en construction

Depuis l’annonce du lancement du référendum en janvier dernier, le comité s’est renforcé, notamment sur le plan politique. Initié par Willy Cretegny, vigneron bio genevois et politicien indépendant, avec le syndicat agricole Uniterre, les Jeunes socialistes, le mouvement de la grève du climat et plusieurs autres associations et partis, il a été, entre autres, rejoint par les Verts et par la section genevoise du Parti socialiste.

Si le camp référendaire s’organise de plus en plus, les défenseurs de l’accord semblent encore apparaître en ordre dispersé. Sur son site, Swissmem, la faîtière de l’industrie des machines, a annoncé qu’elle soutiendrait le partenariat économique avec l’Indonésie. Même réaction du côté de l’organisation Economiesuisse. «Les travaux préparatoires d’un comité de défense de l’accord ont commencé, indique Carmelo Laganà, suppléant romand de la faîtière pour l’économie extérieure. Nous allons attendre la fin de l’année pour nous rendre dans l’espace public et médiatique.» D’un côté comme de l’autre, on s’attend à une campagne plus calme que celle qui vient de s’achever.

L’huile de palme cristallise l’attention

La contestation de cet accord s’est construite autour de la question de l’huile de palme. Pendant les négociations, une coalition de plusieurs organisations s’était constituée en 2016 pour obtenir le retrait de ce produit de l’accord. Une exigence rejetée mais seulement 20 à 40% de réduction tarifaire ont été accordés, pour un maximum de 12 500 tonnes par an. En outre, l’importation doit se faire dans des cuves de 22 tonnes pour assurer le traçage de la production de cette huile.

Ces mesures ont poussé plusieurs organismes participant à cette coalition à ne pas rejeter l’accord signé. C’est le cas de Public Eye ou encore de la Fédération romande des consommateurs (FRC). «Cet accord avec l’Indonésie est loin d’être parfait, mais il n’instaure pas le libre-échange sur l’huile de palme comme nous le craignions, indique Laurianne Altwegg, responsable environnement à la FRC. Les concessions douanières accordées à ce produit sont au contraire liées à des exigences en matière de durabilité, ce qui est une première et pourrait servir de modèle à d’autres accords futurs. C’est pourquoi il nous est difficile de trancher pour ou contre le référendum.» Un avis que ne partagent pas les référendaires.

Les partisans de l’accord soulignent aussi la diversité des produits concernés. «L’huile de palme n’est pas le premier produit exporté par l’Indonésie vers la Suisse, souligne Carmelo Laganà. Il faut aussi prendre en compte que, selon les estimations, l’Indonésie, et ses 265 millions d’habitants, devrait faire partie du top 5 des puissances économiques mondiales en 2050 d’où l’intérêt pour une nation exportatrice comme la nôtre d’avoir un lien privilégié.» De 1215 tonnes d’huile en 2016, les importations depuis l’Indonésie n’ont cessé de baisser jusqu’à atteindre 34 tonnes en 2019.

Remettre en cause le libre-échange

S’il y a un point sur lequel les deux camps se rejoignent, c’est l’importance relative de l’huile de palme dans le débat sur cet accord. «En initiant ce référendum, le plus important pour moi était de s’attaquer au libre-échange, souligne Willy Cretegny. Il ne s’agit pas que d’une question agricole ou environnementale liée à l’huile de palme. Le libre-échange pose des problèmes environnementaux parce qu’il pousse à la surconsommation.» Pour les référendaires, la question de la protection des intérêts des paysans suisses est aussi importante que la défense des exploitants en Indonésie.

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Actuellement, la Suisse a conclu 31 accords de libre-échange avec 41 partenaires. Par le biais de ce référendum, Willy Cretegny espère pouvoir engager une réflexion aussi sur les accords à venir notamment avec les pays d’Amérique latine du Marché commun du Sud (Mercosur) ou le deuxième grand producteur d’huile de palme mondial, la Malaisie.