Malgré un résultat conforme aux attentes au troisième trimestre, Credit Suisse n’a visiblement pas convaincu les investisseurs. Avec un bénéfice net de 41 millions de francs réalisé entre juillet et septembre (779 millions à la même période un an plus tôt), le numéro deux bancaire a fait mieux que les prévisions de certains instituts qui n’excluaient pas une perte pour cette période. En moyenne, les analystes sondés par l’agence AWP anticipaient un gain de 63 millions.

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Dans l’ensemble, ils n’attribuent pas une mauvaise note aux chiffres publiés jeudi matin. Ceux de Vontobel évoquent une série de résultats meilleurs que prévu, tandis que la Banque Cantonale de Zurich parle d’un «résultat d’ensemble positif». Cela n’a visiblement pas suffi aux yeux des investisseurs. L’action de Credit Suisse a clôturé la séance en chute de 7,09% à 12,32 francs, faisant figure de lanterne rouge au sein de l’indice SMI.

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Deux aspects ont surtout été déplorés par les intervenants sur les marchés: d’une part, le fait que le bon résultat de l’unité suisse («Swiss Universal Bank») est en grande partie attribuable à des facteurs extraordinaires. D’autre part, la détérioration des marges dans la gestion de fortune. S’y ajoute aussi l’absence de surprise positive dans la série de chiffres présentés jeudi, au contraire par exemple des résultats souvent meilleurs que prévu publiés par plusieurs banques américaines ces derniers jours.

L’unité helvétique a profité de la vente d’actifs immobiliers

L’entité helvétique («Swiss Universal Bank», ou SUB), l’unité la plus rentable au sein du groupe, a dégagé un résultat avant impôts de 758 millions de francs, davantage qu’entre avril et juin (453 millions). Toutefois, cette progression est en grande partie attribuable à des gains liés à la vente de biens immobiliers à hauteur de 346 millions, n’a pas manqué de relever des analystes.

De plus, l’unité helvétique n’a attiré que 200 millions d’argent frais, comparé à 900 millions trois mois plus tôt et 3,1 milliards à la même période un an plus tôt. Une baisse attribuée par la banque notamment aux procédures de régularisation d’actifs en cours.

9,2 milliards d’argent frais dans la gestion de fortune

L’unité de gestion de fortune internationale (IWM) a réalisé un bénéfice avant impôts de 245 millions de francs, stable par rapport aux trois mois précédents. Recul en revanche de la profitabilité pour les activités en Asie Pacifique qui a dégagé un résultat avant impôts de 152 millions de francs, en baisse par rapport à celui d’avril à juin (206 millions).

En tout, les afflux nets de nouveaux capitaux ont atteint 9,2 milliards dans la gestion de fortune au troisième trimestre, un montant proche de celui de 9,4 milliards obtenu par UBS durant la même période. En tout, 30,9 milliards ont afflué dans les coffres du numéro deux bancaire après neuf mois, une hausse de 40% par rapport à l’an précédent.

Marges en baisse

Si les analystes ont jugé positivement les afflux de fonds, ils s’inquiètent toutefois de la détérioration des marges. La marge brute a ainsi reculé de 6 points de base dans l’unité suisse (SUB), de 6 points dans la gestion de fortune internationale (IWM) et de 3 points en Asie (Asia Pacific), a résumé Morgan Stanley dans une note.

De plus, les différentes unités du groupe progressent à des rythmes différents en direction des objectifs fixés d’ici à 2018. Après neuf mois, l’unité suisse a accru d’un quart son bénéfice avant impôts à 1,64 milliard. Extrapolé sur douze mois, ce chiffre n’est plus très éloigné des 2,3 milliards attendus d’ici à 2018. Ce n’est pas le cas des unités de gestion de fortune: les divisions IWM (790 millions après neuf mois) et Asie Pacifique (622 millions de janvier à septembre) sont encore loin des 2,1 milliards de bénéfice avant impôts qu’elles visent respectivement. Enfin, les deux unités actives dans la banque d’affaires ont tout juste été profitables au troisième trimestre.

Le programme de réduction des coûts est «en bonne voie»

Tidjane Thiam, le directeur, a lui souligné la «mise en œuvre disciplinée» de la stratégie du groupe au cours du troisième trimestre. Côté coûts, des économies à hauteur de 1,5 milliard de francs ont déjà été réalisées sur les neuf premiers mois. La banque estime ainsi être «en bonne voie» pour dépasser son objectif d’une réduction nette de 1,4 milliard visée sur l’ensemble de 2016. Côté emploi, Credit Suisse indique avoir diminué son effectif de 5400 postes (équivalents temps plein) en date du 3 novembre, proche de son objectif de 6000 emplois annoncé le printemps dernier.

Emplois en hausse dans plusieurs unités par rapport à juin

Paradoxalement, ces réductions de personnel ne se constatent pas au niveau de l’effectif d’ensemble du groupe, établi à 47 690 employés à fin septembre, davantage qu’à fin juin (47 180) mais moins qu’à fin septembre 2015 (48 090). Les effectifs de l’unité suisse se sont même étoffés: à fin septembre, 13 440 personnes travaillaient pour la Swiss Universal Bank, comparé à 13 280 à fin juin et à 13 230 employés un an plus tôt.

Pas de grande alliance avec la concurrence pour partager les coûts

Pour la suite, Tidjane Thiam est resté prudent évoquant des «perspectives demeurant difficiles». Quant à l’idée, mentionnée lundi dans le Financial Times, portant sur un projet d’alliance destiné à réduire les coûts, réalisé avec un ou plusieurs autres établissements, le directeur est resté évasif. «Il serait bien sûr possible de partager certaines fonctions, tant que celles-ci ne concernent pas des données sensibles», a-t-il déclaré lors d’une conférence téléphonique. Il a évoqué la possibilité par exemple de mieux exploiter certains serveurs informatiques qui n’utilisent qu’une faible partie de leurs capacités disponibles.