Le nouveau médicament qui menaçait les positions de Serono dans le traitement de la sclérose en plaques a été retiré du marché à la surprise générale. La nouvelle est tombée lundi par voie d'un communiqué laconique: «Biogen Idec et Elan ont décidé aujourd'hui de suspendre la commercialisation du Tysabri.» Cette décision a été prise de concert avec la FDA, (l'agence américaine des médicaments) après la mort de deux patients, précisent les deux sociétés. En début d'après-midi, l'action Serono bondissait de 27%. Elle a finalement clôturé en hausse de 19% à 855 francs.

Le Tysabri avait été autorisé à la vente aux Etats-Unis sur la base d'essais cliniques menés pendant un an sur plus de 3000 personnes. Sur son site internet, la FDA faisait déjà état d'effets secondaires potentiellement mortels. Ce médicament devant être administré sur des périodes très longues, la FDA avait assorti son feu vert de l'obligation de poursuivre les tests pendant encore une année. C'est dans ce cadre que sont survenus les deux décès. L'existence de traitements concurrents moins dangereux, en particulier le Rebif de Serono, a motivé le retrait du Tysabri.

Biogen Idec et Elan ont l'intention d'entreprendre de nouveaux tests avec des doses modifiées. «Même si le Tysabri devait être sauvé, le mal est fait», estime Bob Pooler, analyste chez LODH. Les analystes en attendaient un chiffre d'affaires considérable de l'ordre de 2 à 3 milliards de dollars par an à l'horizon 2008-2009. En comparaison, le Rebif a permis à Serono d'engranger 1,1 milliard l'année dernière.

La disparition, au moins momentanée, du Tysabri conduit Bob Pooler à doper ses attentes de croissance pour le Rebif. Il table désormais sur un chiffre d'affaires de 1,8 milliard en 2008 au lieu de 1,4 milliard précédemment. L'effet est relativement restreint parce que le Tysabri s'adressait en partie à des personnes non traitées actuellement. Ce nouveau produit élargissait le marché.

Pour Vincent Ossipow, conseiller scientifique chez Sectoral Asset Management à Genève, la menace que le Tysabri faisait peser sur Serono était beaucoup plus importante. L'arrivée du Tysabri allait conduire à un effondrement de 50 à 70% des ventes, selon lui. Cela pouvait expliquer la contre-performance du titre Serono en Bourse depuis plusieurs mois.