II y a trois ans et demi, Genève découvrait le RMCAS, le revenu minimum cantonal d'aide sociale, pour les chômeurs en fin de droits. Au sein de l'Hospice général, Robert Cuénod en avait assuré l'application. I1 y a sept mois, le même homme succédait à Guy Perrot à la direction générale de cette institution, dont il a très vite transformé les structures. Quant au RMCAS, il souhaite voir bientôt cette formule adaptée à tout le monde, grâce au RME (revenu minimum d'existence) . Car si certains ont encore une vision un peu étroite du problème, Robert Cuénod jouit, quant à lui, d'une vue panoramique sur "la précarisation, voire la paupérisation de la population genevoise".

A fin 1997,1e revenu minimum venait en aide à près d'un millier de personnes. Il faut savoir qu'il ne consiste pas seulement en une somme d'argent. "Par le système des contre-prestations, il favorise la réinsertion. La première année, 40% des bénéficiaires ont été remis en activité. Puis le phénomène n'a cessé de se développer. Aujourd'hui, plus de 60% des personnes touchant le RMCAS sont actives, soit en contre-prestations, soit en gains accessoires, soit en formation ou stage de mise à niveau. I1 y a là une dynamique tout à fait évidente."

Robert Cuénod émet une seule réserve quant au troisième volet du RMCAS, c'est-à-dire l'allocation d'insertion, un montant variant entre 1000 et 10 000 francs permettant de financer un projet réalisable. "Seulement 5% des personnes y font appel et très peu de projets aboutissent. Cette allocation est psychologiquement motivante, mais le rapport coût-prestation est déficitaire."

Nouveaux défis

Le bilan global du RMCAS est, aux yeux de Robert Cuénod, à tel point satisfaisant qu'il espère voir rapidement se concrétiser, sur le même modèle, un revenu minimum d'existence (RME), par lequel tout citoyen dans le besoin transiterait de l'assistance publique au droit, selon un rapport contractuel. Un projet de loi devrait être prochainement soumis au Parlement. Quant à l'Hospice général dans son ensemble, sa direction est à ses yeux un passionnant pari, "qui consiste à préparer une institution sociale au troisième millénaire". Ces dix dernières années, l'environnement social et économique genevois n'a cessé de se dégrader, estime le directeur, pour qui la lutte contre les maux de notre société constitue la mission première. Pour cela, il fallait un outil adapté. Aussi, dès son entrée en fonction, il entreprend une restructuration en profondeur de l'Hospice général.

Dans un souci de coordination et d'efficacité, il décloisonne les services, passant d'une organisation verticale à une gestion transversale. "C'est un changement radical de mentalité, pour gagner en capacité d'adaptation et en productivité."

Investir dans la prévention

Dans les faits, en raison des mutations actuelles, c'est toute l'action des assistants sociaux qui est transformée. "Les situations qu'ils ont à traiter sur le terrain sont de plus en plus complexes, elles demandent davantage de savoir-faire professionnel et d'engagement On ne peut pas seulement faire de l'action sociale, il est urgent de faire aussi de la prévention." Robert Cuénod s'insurge contre le fait que l'on néglige un investissement pourtant nécessaire dans l'information et la prévention. "Au bout de la chaîne, on y gagnerait largement en termes de coûts de prestations."

Particulièrement bien placé pour savoir que la reprise économique n'est pas encore une réalité "même si 96% de la population active en Suisse a un emploi" - Robert Cuénod voit plus loin qu'un revenu minimum pour tous. "11 est peut-être temps de repenser autrement la société, les assurances sociales, la fiscalité, de penser en termes de projets de vie. Il faudra pouvoir être reconnu socialement, même si on ne produit pas en termes de travail."