L'administration Bush s'est décidée à agir. Après avoir répété qu'il n'interviendrait pas dans la crise des prêts hypothécaires à risque («subprime»), le secrétaire américain au Trésor, Henry Paulson, a confirmé lundi que son département planchait sur un projet visant à alléger le fardeau des endettés. La crise, qui n'a cessé de s'amplifier depuis cet été, est en passe d'entraîner l'économie américaine dans une sévère récession.

Les ravages des crédits «subprime», accordés notamment à des gens au revenu instable ou insuffisant, s'étendent aux Etats-Unis comme après le passage d'un typhon. Selon les estimations, le nombre de saisies de maisons a plus que doublé en octobre par rapport à la même période de l'an dernier. Et le phénomène n'est pas près de s'arrêter seul. On évalue ainsi à quelque 361 milliards de dollars le montant engagé dans les «subprime». Le prix moyen des maisons a chuté déjà de 15%. Et, au mieux, personne ne table sur un retour à la normale avant 2012. D'ici là, les investisseurs risquent de payer cher la débâcle: une étude de Goldman Sachs prédisait le mois dernier une perte de 100 milliards de dollars due au manque de confiance qui frappe désormais les placements liés à l'immobilier. Un mouvement de panique qui pourrait s'étendre en outre aux cartes de crédit et aux emprunts dans l'automobile.

Endiguer l'épidémie

Pour appâter les clients, ces crédits hypothécaires «subprime» commencent en général par une période de deux ou trois ans pendant laquelle les taux de remboursement restent fixes, à un niveau particulièrement attrayant. Mais ensuite, les taux deviennent variables et remontent de manière souvent brutale: c'est là que les ménages américains à faible revenu se retrouvent piégés et obligés de céder leur maison. Au rythme de 100000 par mois, quelque 2 millions d'emprunts de ce type arriveront ainsi à échéance, au cours des deux prochaines années.

C'est cette épidémie que Henry Paulson s'est promis d'endiguer. Tâchant de trouver un accord avec les représentants des banques et des institutions de crédit, il souhaite accroître la période (de deux à cinq ans supplémentaires) durant laquelle les taux resteraient fixes, afin de stabiliser la situation. Reste, cependant, à convaincre les banques. «Le Trésor est en train de chercher énergiquement un plan global pour aider autant de propriétaires que possible à garder leur maison», expliquait-il à Washington.

Dans le même ordre d'idées, le Trésor veut aussi agir sur la fiscalité: les Etats américains pourraient émettre des obligations exonérées d'impôts, dont les recettes serviraient à aider les ménages à refinancer leurs hypothèques.

De manière répétée, le président George Bush avait indiqué jusqu'ici que le gouvernement avait certes un rôle à jouer dans la crise des «subprime», mais que ce rôle était «limité». Pourtant, à un an des élections présidentielles, l'administration paraît désormais soucieuse de ne pas laisser une économie en récession aux prétendants républicains à la présidence. La crise des «subprime» et le manque de décision de George Bush a empoigner le problème sont en effet en train de se convertir en l'un des principaux thèmes de la campagne électorale. D'ores et déjà, Hillary Clinton, la favorite démocrate pour accéder à la Maison-Blanche, a concocté un plan d'action qui reprend les grandes lignes de celui d'Henry Paulson mais qui va plus loin: il s'agirait ainsi de déclarer un moratoire de trois mois sur les saisies de maisons ainsi que de geler les taux d'intérêt pour les remboursements pour une période de cinq ans.

Cet été, les principaux candidats démocrates avaient déjà proposé la constitution d'un fonds de un milliard de dollars. Leur objectif est de permettre aux organismes de financement hypothécaire semi-étatiques (Fannie Mae et Freddie Mac) d'accroître leurs domaines d'action. En effet, ces deux géants sont aujourd'hui au bout de leurs capacités légales. Ils disposent chacun de 700 milliards de dollars en portefeuilles d'investissement sur les marchés de crédits immobiliers pour aider les familles dans leurs démêlés de remboursement des prêts.