Matières premières

L’administration Trump déstabilise les marchés pétroliers

La décision américaine d’en finir avec les exemptions à l’embargo contre le brut iranien et la réaction de Téhéran, qui a menacé de bloquer le détroit d’Ormuz, ont remis les cours pétroliers sur la voie haussière

En annonçant lundi leur intention d’en finir avec les dérogations à l’embargo contre le bruit iranien dès le 2 mai, les Etats-Unis viennent d’injecter une dose d’incertitude sur les marchés pétroliers. Pour l’administration Trump, il s’agit de «porter à zéro» les exportations de brut iranien et «de priver le régime de sa principale source de revenus». Téhéran a réagi, menaçant de bloquer le détroit d’Ormuz, passage essentiel pour le brut du Moyen-Orient.

Au plus haut depuis six mois

Bref. Il y a de quoi pousser les cours vers le haut. A Londres, le brent atteignait mardi en fin de journée 74,42 dollars le baril. Soit à son plus haut niveau depuis six mois. En octobre dernier, il avait touché la barre des 85 dollars. Par la suite, il était descendu à 55 dollars avant de remonter graduellement.

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En effet, huit pays (Chine, Inde, Turquie, japon, Corée du Sud, Taïwan, Italie et Grèce) bénéficient de la dérogation des sanctions américaines contre le pétrole iranien entrées en vigueur l’an dernier. Ainsi l’Iran exportait 1,7 million de barils par jour encore le mois dernier, contre 2,4 millions avant les sanctions. La Chine a fait savoir mardi qu’elle n’entendait pas respecter la décision unilatérale américaine.

Chaos en Libye et au Venezuela

«A ce stade, la hausse n’est pas encore critique, estime Vincent Mivelaz, analyste marché à la banque Swissquote. Au-delà de 80 dollars le baril, les Etats-Unis devront eux-mêmes chercher à calmer le jeu. En admettant de nouvelles exemptions, par exemple.» Pour le spécialiste, la question importante concerne le remplacement de l’offre iranienne par des sources alternatives. D’autant plus que l’approvisionnement du marché est déjà interrompu par le chaos politique tant au Venezuela qu’en Libye.

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Selon Vincent Mivelaz, les regards sont d’ores et déjà tournés vers l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), qui doit décider de la stratégie à adopter face à cette nouvelle crise. Les Etats-Unis s’attendent à ce que leur allié – l’Arabie saoudite, le plus grand producteur du cartel de 14 pays – vienne combler le déficit. Mais cette dernière s’est montrée plutôt prudente mardi. Et pour cause: l’an dernier, le pays avait augmenté sa production à la demande de Washington et le prix du brent avait dégringolé à 55 dollars le baril en décembre dernier.

Du point de vue «investissements», Vincent Mivelaz estime que les perspectives s’annoncent brillantes pour les entreprises d’exploration, de raffinage et de distribution.

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