Vols annulés, embarquements retardés, grèves à répétition… Malpensa ne décolle toujours pas. Huit mois après son ouverture chaotique et controversée, le nouvel aéroport de Milan attise toujours les polémiques. Pendant plusieurs semaines, la fermeture d'une partie de l'espace aérien italien en raison des opérations militaires sur l'ex-Yougoslavie a permis de masquer les carences de l'aérodrome. Mais la paix revenue et les justifications disparues, le constat demeure exécrable.

Déjà critiqué pour son éloignement du centre-ville (53 kilomètres) et son manque d'infrastructures (le train reliant l'aéroport à Milan n'est en fonction que depuis un mois), Malpensa 2000 affiche des résultats inquiétants: 50% des vols ne respectent pas les horaires. Qui plus est avec un retard moyen supérieur à 45 minutes. De leur côté, les autorités aéroportuaires locales se félicitent d'avoir réalisé en juin leur plus haut volume de marchandises et de passagers depuis le lancement de Malpensa 2000. Mais ces chiffres ne parviennent pas à cacher un fonctionnement inadéquat. Les contrôleurs du ciel sont en sous-effectif et les avions doivent patienter pendant de longues minutes sur la piste après l'atterrissage dans l'attente d'obtenir le feu vert pour débarquer leurs passagers.

Compagnies excédées

Les bagages sont consignés avec du retard. Les couloirs mobiles sont déficients, obligeant régulièrement les compagnies à avoir recours à des bus pour amener les voyageurs jusqu'aux appareils. Excédées, nombre de compagnies étrangères ont ainsi préféré déplacer certains de leurs vols sur les aéroports de Bologne, Venise ou Turin.

C'est dans ce contexte qu'elles viennent aussi d'exiger auprès de la Commission européenne le report du transfert, prévu pour octobre, des derniers vols de l'aéroport de Milan-Linate situé à sept kilomètres du centre, à Malpensa 2000. Porte-parole des principales compagnies étrangères (Air France, British Airways, Iberia etc.), le responsable italien de Lufthansa, Gabriel Leupold, a ainsi expliqué que le transfert «ne ferait qu'aggraver la situation de Malpensa», tout en favorisant Alitalia qui maintiendra des vols sur Linate.

Fin juin, le commissaire européen aux Transports Neil Kinnock a demandé au ministre italien Tiziano Treu de lui fournir «au plus vite des explications» concernant les dysfonctionnements du «hub» milanais. «Si nous n'obtenons pas d'éclaircissements dans des délais brefs, nous n'aurons d'autre choix que de reconsidérer toute la situation Malpensa», a mis en garde le porte-parole du commissaire. «Il n'y a pas de raison de s'alarmer», a tenté de rassurer Tiziano Treu. Quant à la société gérant Malpensa, elle a promis de trouver une solution avec les compagnies aériennes d'ici quinze jours.