Le temps presse pour le liquidateur de l’affaire Madoff. Le 11 décembre marquera le deuxième anniversaire de la découverte d’une arnaque pyramidale dans laquelle plus de 20 milliards sont partis en fumée. A partir de cette date, l’avocat chargé par la justice américaine de traquer l’argent englouti dans ce scandale sera forcé d’interrompre la plupart de ses poursuites.

Mercredi, Irving Picard a donc frappé un grand coup. En déposant une plainte réclamant «au moins 2 milliards de dollars» à UBS. La banque suisse est poursuivie pour le rôle qu’elle jouait auprès de deux fonds de placement européens dont le seul objectif fut, durant plus de dix ans, de canaliser les ­dépôts des clients vers Madoff: Lux­Alpha et Groupement Financier.

«Le liquidateur new-yorkais fait éclater une telle bombe pour forcer UBS à négocier», estime, sous le couvert de l’anonymat, un banquier français victime de l’implosion de ces fonds. Ces poursuites ne font guère l’affaire des investisseurs européens piégés. «Ceux-ci pourraient voir la possibilité d’être dédommagés en direct par UBS leur échapper; et leur éventuelle indemnisation partielle risque de venir du pot commun rassemblé par le liquidateur américain… ce qui serait injuste», pointe Marc Hassberger, avocat genevois de victimes suisses.

Feu Villehuchet visé

A l’heure actuelle, les poursuites engagées par Irving Picard visent à récupérer 15 milliards de dollars pour constituer ce pot commun. Pour l’instant, seul 1,5 milliard a été récupéré, même si le procès intenté aux successeurs du milliardaire Jeffry Picower pourrait plus que doubler ce montant.

Le liquidateur a donc décidé de ratisser large. Outre UBS, la plainte déposée hier vise la veuve et les associés du financier Thierry Magon de la Villehuchet. Fondateur d’Access – officine à l’origine des deux véhicules luxembourgeois visés – ce dernier s’était suicidé à la suite de l’arrestation de Bernard Madoff.

Comment sont calculés les 2 milliards de dollars exigés d’UBS? La plainte ne le détaille pas. Mais laisse entendre que le liquidateur vise les 800 millions retirés par les deux fonds de chez Madoff, durant les trois mois menant à la découverte du scandale. Ainsi que les retraits de 1,1 milliard effectués les six années précédentes.

UBS maintient sa ligne

Dans la plainte déposée mercredi, le liquidateur dénonce une UBS «parfaitement au courant des indices de fraude» entourant Madoff. En dépit de cela, la banque «n’en aurait pas moins choisi de permettre le fonctionnement de cette fraude pour son propre profit», écrit-il. Selon les époques, UBS a joué le rôle d’administratrice, de dépositaire, sponsor ou gestionnaire de ces fonds luxembourgeois. Et touché «au moins 80 millions de dollars» de commissions.

Précisant ne pas avoir reçu la plainte, la banque helvétique indique que ces «allégations sont complètement infondées et sans valeur». Accrochée à sa ligne de défense, UBS rappelle que le fonds LuxAlpha avait été «créé à la demande explicite de clients fortunés voulant un fonds sur-mesure leur permettant de continuer à investir chez Madoff». Des clients «représentés par des institutions financières tout à fait au clair sur la nature de ces investissements».

Reste à savoir si le liquidateur américain va s’attaquer à d’autres grandes banques s’étant, elles aussi, occupé de «fonds Madoff».