Grand oral délicat pour Bernard Tapie. Le 10 septembre, il comparaîtra devant la commission des finances de l'Assemblée nationale. La semaine suivante, ce devrait être au tour de Christine Lagarde, la ministre de l'Economie. Ils devront expliquer pourquoi un organisme dépendant de l'Etat français vient de payer 198 millions d'euros (environ 320 millions de francs) à l'ancien homme d'affaires, passé maître dans l'art de cultiver les amitiés politiques.

«Au minimum, Bernard Tapie a bénéficié de la très mauvaise gestion de ce dossier par l'Etat», estime Charles-Amédée de Courson, l'un des députés qui conduira les auditions. En 2007, Christine Lagarde avait imposé le recours à un tribunal arbitral pour mettre fin au litige entre Bernard Tapie et sa banque, le Crédit Lyonnais. Les arbitres avaient ordonné à l'Etat, dont la banque dépendait au début de la procédure, d'indemniser l'ancien homme d'affaires, qui pourrait finalement toucher plus de 100 millions d'euros.

Une affaire qui traîne depuis dix ans

«Je parlerais d'une double erreur, ajoute Charles-Amédée de Courson: d'avoir fait appel à un tribunal arbitral puis, lorsque la sentence est tombée en juillet dernier, de ne pas avoir déposé de recours pour l'annuler.»

Un autre membre de la commission des Finances, Jean-Pierre Brard, apparenté communiste, pense même que le recours aux arbitres était «illégal». En octobre 2006, en effet, la plus haute juridiction française, la Cour de cassation, avait renvoyé l'affaire devant la Cour d'appel de Paris - et non devant un tribunal arbitral. Cette décision, favorable à l'Etat, frustrait momentanément Bernard Tapie de sa colossale indemnité.

En juillet dernier, le Ministère de l'économie a tenté de répondre aux critiques en déclarant que «la plus grande part de l'indemnité arrêtée par la sentence retournera aux caisses publiques, [notamment] par le paiement des impôts et des cotisations sociales qui était dû à l'Etat». Il s'agissait aussi, selon le ministère, de conclure rapidement une affaire qui traînait depuis quinze ans et qui coûtait cher au contribuable en frais de justice.

Ces arguments risquent de ne pas suffire à apaiser la curiosité des députés, qui se demandent quel rôle Nicolas Sarkozy a pu jouer dans ce dossier. Durant la campagne présidentielle, Bernard Tapie avait appelé à voter pour lui - un geste remarqué de la part d'un ancien ministre de François Mitterrand. L'ancien homme d'affaires a-t-il aussi approché le président pour lui demander de régler son litige avec l'Etat? Les parlementaires disposent du témoignage d'un journaliste, qui dit avoir vu Bernard Tapie sortir d'un rendez-vous à l'Elysée. Mais la présidence affirme qu'il n'y a pas été reçu depuis l'élection de Nicolas Sarkozy.

Dans l'opinion publique, les dégâts sont déjà faits. Il sera difficile de convaincre les Français, qui se méfient autant des politiciens, des patrons que des juges - et plus que tout des connivences entre les trois - que le chèque de Bernard Tapie est simplement le résultat d'un processus judiciaire impartial.