Banque

L’affaire Vincenz pèse sur les résultats de Raiffeisen

Les clients n’ont pas fui l’établissement sous les projecteurs depuis que son ancien patron est sous enquête pénale. Mais la banque a dû réévaluer des prises de participations, ce qui a réduit son bénéfice

L’affaire Vincenz n’a pas fait fuir les clients de Raiffeisen. Ni les sociétaires, qui sont même 7000 de plus que l’an dernier, à près de 1,9 million, comme le montrent les résultats 2018 de la banque coopérative. L’afflux d’argent frais a également été positif, à hauteur de 6,3 milliards de francs pour un total de 165,7 milliards, a révélé la banque lors d’une conférence de presse vendredi à Zurich.

De même, les opérations d’intérêt – principale source de revenus de la banque – ont continué d’augmenter, tandis que la part du marché hypothécaire de Raiffeisen progresse encore, atteignant 17,6% pour toute la Suisse. En revanche, l’examen des participations prises par l’ancien directeur général du groupe a eu son effet sur les finances de l’établissement.

Gain de Notenstein

La banque a confirmé ce qu’elle avait pré-annoncé en début d’année: Raiffeisen a dû réévaluer certaines d’entre elles, ce qui a grevé le bénéfice. Celui-ci s’élève à 541 millions, soit une baisse de 41% par rapport à l’exercice précédent. Ces charges exceptionnelles atteignent 270 millions, un chiffre qui inclut les correctifs de valeur des participations en question et une provision pour le rachat en début d’année d’Arizon, une coentreprise qui avait été créée avec l’éditeur de logiciel Avaloq. A ce montant, il faut également ajouter 120 millions de provisions pour «risques bancaires généraux». Vendue en mai dernier à Vontobel, Notenstein a en revanche amené un gain de 68 millions.

Lire aussi: Une «culture centrée sur la personne de Pierin Vincenz» régnait à Raiffeisen

Les responsables de la banque se sont néanmoins surtout félicités de l’évolution de l’activité lors de cette «année de l’examen du passé et du nouveau départ». Nommés en fin d’année dernière, ils font eux-mêmes partie du changement: le président du conseil d’administration, Guy Lachappelle, et le président de la direction, Heinz Huber, présentaient ensemble pour la première fois les résultats du groupe. 2019 sera une «année de transition» pour achever le renouvellement et «se concentrer davantage sur les questions bancaires stratégiques», promettent-ils.

Enquête toujours en cours

Raffeisen «a posé les bases de son futur développement», ont-ils estimé, citant la publication de l’enquête indépendante sur les années où Pierin Vincenz a dirigé la banque (1999-2015). Cette dernière n’a mis en évidence aucun comportement répréhensible, mais n’a pas étudié les faits déjà sous enquête pénale.

Le Ministère public zurichois examine en effet depuis une année certaines activités de l’ancien banquier, suite à une plainte pénale pour gestion déloyale d’Aduno, dont il était le président, et à laquelle Raiffeisen s’est associée. La Finma avait lancé une investigation à l’automne 2017, qu’elle avait abandonnée quelques mois plus tard, Pierin Vincenz ayant renoncé à toutes ses fonctions dans la finance. La banque, elle-même, a également fait l’objet d’une enquête du régulateur, qui a conclu en juin dernier à de «graves lacunes de gouvernance». La banque a ensuite pris des mesures pour améliorer sa gouvernance.

Lire également: La leçon de (mauvais) timing de Raiffeisen

Publicité